ouvrir


ouvrir

ouvrir [ uvrir ] v. <conjug. : 18>
uvrir 1080; obrir 980; lat. pop. °operire, class. aperire
I V. tr.
1Disposer (une ouverture) en déplaçant ses éléments mobiles, de manière à mettre en communication l'extérieur et l'intérieur. Ouvrir une porte, la porte, l'ouvrir à peine ( entrouvrir) , l'ouvrir toute grande, à deux battants. Ouvrir la fenêtre. Ouvrir la porte avec une clé, un passe-partout. aussi déverrouiller. Par ext. Clé qui ouvre une porte, qui permet de l'ouvrir. Ouvrir une porte avec effraction. crocheter, forcer. « Ô Seigneur ! ouvrez-moi les portes de la nuit, Afin que je m'en aille et que je disparaisse ! » (Hugo).
Absolt (avec ellipse du compl. « la porte ») Va ouvrir. Ouvrez, au nom de la loi ! N'ouvrez à personne.
Ouvrir la vitre d'une voiture. abaisser. (Sujet chose) Musée qui ouvre ses portes (cf. III, 5o).
2Mettre en communication (un contenant, un local) avec l'extérieur par le déplacement ou le dégagement de l'élément mobile. Ouvrir une armoire, une boîte, un bocal. Ouvrir une bouteille. 1. déboucher, décapsuler. Ouvrir un paquet. déballer, défaire. Absolt Pour ouvrir, percez le couvercle.
Spécialt (en insistant sur le résultat et sur la durée des effets) Rendre accessible (un local). Ouvrir un magasin, une boutique de 9 heures à 19 heures.
(Sujet personne) Absolt Nous ouvrirons toute la matinée de dimanche. Par ext. Fam. Vous êtes ouvert le lundi ?
3Mettre (un objet) dans une disposition qui assure la communication ou le contact avec l'extérieur. Ouvrir la bouche. Il n'a pas ouvert la bouche de la soirée, il s'est tu. Ellipt et fam. L'ouvrir : parler. Il n'y a pas moyen de l'ouvrir, avec ce bavard ! (cf. En placer une). Ouvrir le bec. (À un bébé qu'on fait manger) Ouvre ton bec. Ouvrir un œil : s'éveiller. Ouvrir l'œil. Ouvrir les yeux à qqn.
Ouvrir un sac, son porte-monnaie, un portefeuille. Ouvrir une enveloppe. Ouvrir une lettre, son courrier. décacheter.
Ouvrir en grand un robinet. Fam. Ouvrir la lumière, le gaz, la radio, la télévision, le chauffage, etc.,faire fonctionner. ⇒ allumer, brancher, mettre.
Loc. Ouvrir l'appétit : donner faim.
4Par ext. Écarter, séparer (des éléments mobiles). Ouvrir les rideaux. Ouvrir les bras, ses ailes. déployer, étendre. Ouvrir un couteau, un éventail, un parapluie. Ouvrir un livre. Ouvrir largement son journal. 1. étaler. Ouvrir le lit, les draps.
Fig. Ouvrir les rangs, desserrer.
5Faire (une ouverture) en creusant, en trouant. Ouvrir une fenêtre dans un mur, une brèche dans une forteresse. percer, pratiquer. Par ext. Ouvrir la parenthèse, les guillemets.
6Atteindre l'intérieur de (qqch. de vivant ou dont le contenu peut être recueilli) en écartant, coupant, brisant. Ouvrir des huîtres, des oursins. Ouvrir une noix de coco, un avocat. Ouvrir un homard en deux.
Chirurgien qui ouvre un abcès à l'aide d'un bistouri. inciser, percer. « en ouvrant le péritoine, ils avaient trouvé un fibrome énorme » (Céline). On lui a ouvert le crâne ( trépanation) . S'ouvrir les veines (pour se suicider). S'ouvrir le ventre. s'éventrer. Par exagér. S'ouvrir le crâne, le genou en tombant. Absolt Le diagnostic externe est insuffisant, il va falloir ouvrir. opérer.
7Créer ou permettre d'utiliser (un moyen d'accéder, d'avancer, une voie). Ouvrir, s'ouvrir un chemin, une voie. frayer. Ouvrir la route, la piste, s'y engager le premier. Skieur qui ouvre la piste ( 2. ouvreur) . Motard qui ouvre la route à un convoi officiel. Fig. Ouvrir la voie. Ouvrir une entrée, une issue, un passage. Ouvrir un canal à la navigation. « La victoire en chantant nous ouvre la carrière » (M.-J. Chénier).
Par ext. Rendre accessible (un lieu, un domaine) à qqn. Ses succès « lui ouvraient quelques salons » (Balzac). Ouvrir sa maison à qqn, lui offrir son accueil. Fig. Diplôme qui ouvre une carrière.
8 Fig. Découvrir, présenter. Ouvrir à qqn son âme, son cœur, sa pensée. Il nous a ouvert le fond de son cœur (cf. Parler à cœur ouvert). Cela ouvre des horizons, des perspectives nouvelles. « Vous m'avez ouvert un monde d'idées que je ne soupçonnais pas » (Proust).
9Ouvrir l'esprit (à qqn),lui rendre l'esprit ouvert, large. Enseignant, lecture qui ouvre l'esprit d'un enfant. éveiller. « Ce sont deux arts [la musique et la danse] qui ouvrent l'esprit d'un homme aux belles choses » ( Molière).
10Commencer, mettre en train. Ouvrir les hostilités. Ouvrir le feu. attaquer, tirer. Ouvrir le dialogue, une discussion, un débat. 1. lancer. Ouvrir une information, une enquête, un procès. Ouvrir un compte, un crédit à qqn, l'accorder. Se faire ouvrir un compte en banque. Ouvrir la session parlementaire, la séance, le scrutin. Ouvrir une exposition, la chasse.
Être le premier à faire, à exercer (une activité, etc.). Ouvrir la marche, la danse, le bal, le ban. Son nom ouvre la liste. commencer. Ouvrir le jeu : être le premier à miser, à déclarer, à jouer. Absolt Ouvrir d'un trèfle, d'un pique. — Au rugby, Le demi d'ouverture ouvre sur tel joueur, en lui lançant le ballon.
11Créer, fonder (un établissement ouvert au public). Ouvrir un magasin, une boutique, des écoles, un commerce.
12Inform. Lancer l'exécution de (un programme) dont les fonctions sont rendues ainsi disponibles. Permettre l'accès à (un fichier). Ouvrir un fichier en écriture, en lecture.
II V. intr.
1Être ouvert. Cette porte n'ouvre jamais. Magasin, théâtre qui ouvre tel jour. Ça ouvre à 9 heures.
Ouvrir sur : donner accès, donner vue sur. ⇒ donner. Fenêtre qui ouvre sur la mer.
2Commencer, débuter. Les cours ouvriront la semaine prochaine.
III ♦ S'OUVRIR v. pron.
1Devenir ouvert. La porte s'ouvre automatiquement. Le toit de cette voiture s'ouvre ( ouvrant) . Cette fenêtre s'ouvre mal. Comment est-ce que ça s'ouvre ? Sésame, ouvre-toi ! Mains, bras, ailes qui s'ouvrent. La fleur s'ouvre. se déplier, éclore, s'épanouir. La foule s'ouvrait sur mon passage. « Le dossier qu'elle portait manqua s'ouvrir, elle en retint les pages » (Giraudoux). Fig. « Sa bourse s'ouvrait facilement » (Balzac)
2 ♦ S'OUVRIR SUR : être percé, pratiqué de manière à donner accès ou vue sur. ⇒ donner. « la porte d'entrée s'ouvrait directement sur le large couloir » (Zola). « Au-dessus de la porte, un œil-de-bœuf s'ouvrait sur la nuit » (Duhamel).
3Se présenter, s'offrir comme une voie d'accès, un chemin. La route qui s'ouvre devant nous.
(Abstrait) Devenir accessible, apparaître comme accessible. Une vie nouvelle s'ouvrait devant lui.
4(Personnes ou choses humaines) S'OUVRIR À (qqch.) :devenir accessible à, se laisser pénétrer par (un sentiment, une idée). « son cœur s'ouvre aux premiers feux de l'amour » (Rousseau). s'abandonner. Esprit qui s'ouvre à certaines notions, à une idée. Absolt Son esprit commence à s'ouvrir.
Vieilli S'OUVRIR À (qqn),lui ouvrir son cœur, sa pensée. ⇒ se confier. « Je ne m'en suis ouvert à personne [...] . J'emporterai ce secret avec moi dans la tombe » (Vallès). « À qui tout de même s'ouvrir de tout cela ? » (Aragon).
5(Choses) Commencer, être mis en train. L'exposition qui allait s'ouvrir. S'ouvrir par : commencer par. « Au moment où s'ouvre le présent récit » (Duhamel).
⊗ CONTR. Fermer, 1. boucher, boucler, clore, plier, resserrer, serrer; barrer, intercepter , interdire; finir, terminer. ⊗ HOM. Ouvre :ouvre (ouvrer).

ouvrir verbe transitif (latin populaire aperire, du latin classique operire) Défaire, détacher, déplier, décoller, écarter, tirer, etc., ce qui était attaché, plié, fermé, etc. : Ouvrir un paquet. Ouvrir son manteau. Ouvrir des huîtres. Ouvrir un livre. Déplacer les éléments mobiles d'un système de fermeture de telle sorte que le passage entre l'intérieur et l'extérieur est rendu possible : Ouvrir un verrou, une fenêtre. Sans complément, ouvrir la porte : On sonne ; va ouvrir. Ôter, dégager, dévisser l'obstacle qui isole l'intérieur de l'extérieur de quelque chose : Ouvrir une bouteille avec un tire-bouchon. Écarter deux éléments joints : Ouvrir les bras. Ouvrir un compas. Percer, couper quelque chose de solide : Ouvrir un abcès. Agrandir ou créer une ouverture : Ouvrir une fissure dans le mur. Faire un passage, le créer ou le libérer pour permettre la circulation : Ouvrir une piste dans la jungle. Faire fonctionner quelque chose, le mettre en état de marche : Ouvrir le gaz, l'électricité, l'eau, la radio. Créer, fonder un lieu, un commerce, etc., les faire fonctionner pour la première fois : Ouvrir un nouvel hôpital, un atelier de sculpture. En parlant d'un magasin, d'un établissement, commencer à fonctionner : L'épicerie ouvre à 7 heures ; commencer à travailler dans un magasin, un établissement, etc., les mettre à la disposition du public : Le cordonnier n'ouvre sa boutique qu'à 10 heures. Commencer quelque chose ou en marquer le commencement : Le discours qui ouvrait la séance était remarquable. Ouvrir le feu. Donner à quelqu'un l'accès à quelque chose, lui rendre un domaine accessible : Cela vous ouvre de nombreuses possibilités. Chorégraphie Faire passer les bras de la première à la seconde position. Forcer l'en-dehors. Jeux Au bridge, commencer les enchères. Au poker, commencer à miser sur un coup. Aux échecs, jouer les premiers coups qui définissent une politique centrale. Sports En rugby, adresser le ballon aux joueurs des lignes arrière, par l'intermédiaire du demi d'ouverture (à la sortie d'une mêlée ou dans le cours du jeu). Textiles Démêler la laine, le coton, les déchets de soie, et en séparer les fibres comprimées dans la balle. ● ouvrir (difficultés) verbe transitif (latin populaire aperire, du latin classique operire) Conjugaison ouvrir (expressions) verbe transitif (latin populaire aperire, du latin classique operire) Ouvrir son pays, ses frontières, etc., en permettre le libre accès : Ouvrir son pays aux réfugiés politiques. Populaire. L'ouvrir, parler, s'exprimer. Ouvrir l'appétit, donner faim. Ouvrir l'esprit à quelqu'un, lui faire découvrir un domaine, une question. Ouvrir le jeu, la partie, les commencer. Ouvrir les yeux, les oreilles, observer, écouter avec attention. Ouvrir un compte à quelqu'un, le porter sur ses livres comme un client avec qui l'on va nouer des relations commerciales. Ouvrir un crédit à quelqu'un, l'autoriser à bénéficier d'une somme déterminée, à en disposer à volonté, sans qu'il dispose, au préalable, de l'avoir nécessaire. Ouvrir un signal, le placer en position « signal ouvert ». Ouvrir un circuit, supprimer les liaisons conductrices qui permettent le passage du courant. Ouvrir un emprunt, pour l'État, une collectivité publique, émettre un emprunt dans le public. Ouvrir la marque, le score, marquer le premier but. Ouvrir la piste, en ski, en parlant d'un ouvreur, effectuer le parcours avant que la compétition commence. Ouvrir une voie, être le premier alpiniste à la parcourir. ● ouvrir (synonymes) verbe transitif (latin populaire aperire, du latin classique operire) Défaire, détacher, déplier, décoller, écarter, tirer, etc., ce qui était...
Synonymes :
- déballer
- déboutonner
- décacheter
- défaire
- dépaqueter
- déplier
- déployer
Contraires :
Déplacer les éléments mobiles d'un système de fermeture de telle...
Synonymes :
- écarter
- entrebâiller
Contraires :
Ôter, dégager, dévisser l'obstacle qui isole l'intérieur de l'extérieur de...
Synonymes :
- déboucher
Contraires :
Percer, couper quelque chose de solide
Synonymes :
- débrider
Contraires :
Faire un passage, le créer ou le libérer pour permettre...
Synonymes :
Contraires :
Créer, fonder un lieu, un commerce, etc., les faire fonctionner...
Synonymes :
- créer
Contraires :
Commencer quelque chose ou en marquer le commencement
Synonymes :
- ébaucher
Contraires :
- clôturer
ouvrir verbe intransitifêtre ouvert verbe passif Être en activité, être en mesure d'accueillir les clients : Ce magasin est ouvert le dimanche. Le musée ouvrira bientôt au public.ouvrir verbe intransitif s'ouvrir verbe pronominal Pouvoir présenter, présenter une ouverture, un passage : Fenêtre qui s'ouvre mal. Donner accès à quelque chose ; donner sur : Les fenêtres du salon ouvrent sur le jardin.ouvrir (synonymes) verbe intransitif s'ouvrir verbe pronominal Donner accès à quelque chose ; donner sur
Synonymes :

ouvrir
v.
rI./r v. tr.
d1./d Faire que ce qui était fermé ne le soit plus; faire communiquer l'extérieur et l'intérieur en ménageant une ouverture, en séparant ce qui était rapproché. Ouvrir une porte.
Absol. Ouvrez!
Ouvrir une lettre, la décacheter.
Ouvrir la bouche.
Loc. fig. Ouvrir l'oeil: faire attention.
d2./d Rendre libre (un accès). Ouvrir un chemin.
Fig. Ouvrir la voie.
d3./d Fig. Découvrir. Ouvrir son coeur à qqn.
Ouvrir l'esprit à qqn, le rendre plus apte à penser, à comprendre. Ouvrir les yeux à qqn: V. oeil (sens I, 2).
d4./d Commencer, entamer. Ouvrir le bal, le feu.
Ouvrir la marche: marcher en tête.
d5./d Fonder, créer. Ouvrir une école, une boutique.
rII./r v. intr.
d1./d être ouvert. La porte n'ouvre plus. Ce magasin n'ouvre pas le lundi.
d2./d Commencer. La saison ouvre par cette fête.
rIII/r v. Pron.
d1./d Devenir ouvert. Les fleurs s'ouvrent au soleil.
d2./d Se faire une plaie ouverte sur. S'ouvrir le genou.
d3./d être ou devenir libre (en parlant d'un accès, d'une voie de communication). La route s'ouvre à eux.
Fig. Des perspectives inattendues s'ouvrent désormais.
d4./d (Personnes) S'ouvrir à qqn, lui faire des confidences.
Esprit qui s'ouvre, s'éveille.
d5./d (Choses) Commencer.

⇒OUVRIR, verbe trans.
I. —[Le verbe exprime la mise en communication d'un espace clos (ou inaccessible) avec l'extérieur; aux indices correspondent respectivement: l'agent du procès (1); l'objet mobile séparant l'espace clos de l'extérieur (2); l'espace clos ou un de ses éléments (3); le moyen ou l'instrument (4); le bénéficiaire du procès (5)]
A. —[Le suj. désigne l'agent]
1. [Le compl. désigne la partie mobile qui ferme l'espace clos] Déplacer ce qui ferme un espace de manière à ce que l'intérieur de cet espace communique avec l'extérieur. Anton. fermer, verrouiller.
a) ) Qqn1 ouvre qqc.2 de qqc.3 Ouvrir la porte de la cuisine; ouvrir le couvercle d'une boîte. Péniblement Meaulnes ouvrit la portière de la vieille guimbarde (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p.119). Juliette vit les persiennes de la cuisine fermées. Elle les ouvrit d'un geste brusque (AYMÉ, Jument, 1933, p.252).
Loc. Ouvrir grand (qqc.2). V. grand III B 1 a.
En partic. Ouvrir le robinet du gaz.
) Qqn1 ouvre qqc.2 de qqc.3 avec qqc.4
[Dans un cont. métaph.] Je réussis à m'imposer de ne lire cette lettre que dans ma chambre, plus tard, quand je serais bien calme. Mes mains tremblaient. On n'ouvre pas la porte de son nouveau destin avec des mains qui tremblent (DUHAMEL, Confess. min., 1920, p.125).
) Qqn1 ouvre qqc.2 de qqc.3 à qqn5. Les agents de l'électeur de Saxe viennent ouvrir la porte des couvents aux religieuses (STAËL, Allemagne, t.3, 1810, p.133).
[Dans un cont. métaph.] Je mets une sorte d'amour-propre à ce que vous vous distinguiez dans la carrière dont j'ai été si heureux de vous ouvrir la porte (TOCQUEVILLE, Corresp. [avec Gobineau], 1851, p.158).
b) ) Qqn1 ouvre qqc.2 Ouvrir une barrière, une fenêtre; ouvrir un guichet, un robinet. Ouvrir une serrure (Ac. 1835, 1878). Tous deux coquetaient avec le mal qu'ils ne faisaient pas, s'arrêtant court si quelqu'un ouvrait la porte (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p.504). Il tourna le dos à sa victime, ouvrit les persiennes (BERNANOS, Crime, 1935, p.809).
En partic. Ouvrir un tiroir. Faire sortir partiellement un tiroir de son logement. Panard, atterré, errait par sa chambre, ouvrant les tiroirs, visitant les coins obscurs, cherchant au fond des meubles (MAUPASS., Contes et nouv., t.1, Voy. santé, 1886, p.552).
Au fig. Sans doute Cézanne ouvre une porte (COCTEAU, Poés. crit.I, 1959, p.114).
En partic. Ouvrir les guillemets. Ouvrir la/une parenthèse.
) Qqn1 ouvre qqc.2 avec/par/de qqc.4 Il (...) se leva d'un bond, et d'un coup de poing ouvrit un volet et une fenêtre (KARR, Sous tilleuls, 1832, p.255). Ils remontèrent, ouvrirent la porte avec la fausse clé, et furent dans le chemin de ronde (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p.293).
) Qqn1 ouvre qqc.2 à qqn5. Tu savais les projets du chevalier contre ton honneur, et cela ne t'a pas empêché (...) de lui ouvrir la porte à deux battants (DUMAS père, Mariage sous Louis XV, 1841, IV, /, p.181).
Au fig. Ouvrir la/une porte à qqc. Favoriser l'apparition ou la diffusion de quelque chose. Ouvrir la porte aux abus. Ce que ces messieurs ont fait a été d'ouvrir la porte à la violence et à toutes les atrocités démocratiques (GOBINEAU, Corresp. [avec Tocqueville], 1856, p.273).
P.ell. Qqn1 ouvre à qqn5. Il fait froid, il s'enrhume, ouvrez-lui donc! (BOREL, Champavert, 1833, p.165). Je me suis levée pour ouvrir à mon amant (LOUYS, Aphrodite, 1896, p.179).
) Empl. abs. Qqn ouvre. Ouvrez donc, au nom de la loi!... Caporal, faites enfoncer la porte! (BOREL, Champavert, 1833p.32):
1. Hier soir, à minuit, on sonne chez moi. Par hasard, il n'y avait plus personne à la maison. Je vais ouvrir en robe de chambre. Je trouve Rodrigue, figé devant la porte...
VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p.79.
2. P.méton.; [le compl. désigne l'espace clos ou inaccessible] Faire qu'un espace clos ou inaccessible communique avec l'extérieur en déplaçant ce qui l'en empêchait ou ce qui en fermait l'accès.
a) ) Qqn1 ouvre qqc.3 Ouvrir une autoroute. Ouvrir une armoire (Ac.). Malgré la défense de ma mère, j'ouvris le buffet de la salle à manger (A. FRANCE, Pt Pierre, 1918, p.44):
2. ... Madame prit dans son porte-monnaie une toute petite, une toute mignonne clé d'or, et (...) ouvrit l'écrin de velours rouge, que le douanier lui présentait...
MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p.114.
Au fig. Ouvrir sa bourse.
) Qqn1 ouvre qqc.3 avec qqc.4 Il tira de sa poche un portefeuille à serrure, qu'il ouvrit avec une petite clé qu'il portait au cou (DUMAS père, Monte-Cristo, t.1, 1846, p.622). Il donnait des conseils pratiques sur la manière d'ouvrir les boîtes de singe avec un fort couteau (BENJAMIN, Gaspard, 1915, p.39).
) Qqn1 ouvre qqc.3 à qqn5. Il trouva naturellement Bernier qui lui ouvrit son appartement (G. LEROUX, Parfum, 1908, p.82).
b) En partic.
) Ouvrir + subst. désignant un (type d')établissement. V. infra V.
) Ouvrir + subst. désignant un contenant. Déballer, défaire quelque chose pour en extraire le contenu. Ouvrir une caisse, un paquet (Ac. 1835-1935). Faites-moi un bouillon au Liebig et ouvrez une boîte de conserves (VERLAINE, OEuvres compl., t.4, L. Leclercq, 1886, p.148).
) Ouvrir une lettre (ou subst. de même paradigme). Décacheter une lettre pour en extraire le contenu. Frédéric rejeta la lettre sans la finir, et en ouvrit une autre, un billet de Deslauriers (FLAUB., Éduc. sent., t.2, 1869, p.96). Il y avait un papier sous la porte, j'ouvris l'enveloppe qui ne portait aucun nom (JOUVE, Scène capit., 1935, p.245).
) En partic.
Ouvrir la radio, la télévision. Mettre en position de fonctionnement le dispositif (bouton, manette, interrupteur) assurant la mise en marche de l'appareil. Synon. allumer; anton. fermer, arrêter. Il posa sur la table de nuit une pile de magazines et il ouvrit la radio (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p.511).
Ouvrir l'eau, le gaz, l'électricité. Mettre en position de fonctionnement le dispositif (robinet, vanne, interrupteur) assurant la venue ou la mise en circulation de ces fluides.
c) Au fig.
) Rendre accessible à quelqu'un ou à quelque chose quelque chose qui ne l'était pas. Anton. fermer.
Qqn1 ouvre qqc.3 à qqn5. L'amour m'ouvrit ses paradis (CROS, Coffret santal, 1873, p.106). Il suffit à Bach d'une voix et d'une flûte pour nous ouvrir le ciel (GREEN, Journal, 1955, p.108).
Qqn1 ouvre qqc.3 Catherine (...) ne quittait pas Etienne de ses grands yeux clairs, lorsqu'il se récriait, disant sa foi, ouvrant l'avenir enchanté de son rêve social (ZOLA, Germinal, 1885, p.1278).
Qqn1 ouvre qqc.3 à qqc.5 Ne valait-il pas mieux ouvrir cette industrie à la concurrence (...)? (DAVOUT, Réorg. milit., 1871, p.40).
) En partic. [Le compl. désigne qqc. qui était réfractaire à qqc. (un sentiment, une idée)] Faire s'établir une large intercommunication entre une capacité cognitive, intellectuelle ou perceptive et le monde extérieur, duquel elle était coupée. Anton. fermer. Ouvrir les sens. Il (...) a cherché (...) une occasion (...) d'ouvrir son imagination, de célébrer une patrie et une cause qu'il aime (SAINTE-BEUVE, Prem. lundis, t.1, 1828, p.289).
Locutions
Ouvrir le coeur à qqn. Rendre quelqu'un sensible à quelque chose. Je lui ai ouvert le coeur par cette confidence (BARB. D'AUREV., Memor. pour l'A... B..., 1864, p.434).
Ouvrir son coeur (à qqn). Exprimer à quelqu'un ses sentiments, ou ses pensées intimes. Puisque tu prends enfin le parti de m'ouvrir ton coeur, il faut que je t'ouvre le mien aussi (SAND, Consuelo, t.1, 1842-43, p.161).
[P.méton.] Empl. pronom. réfl. Qqn1 s'ouvre (à qqn5) de/sur qqc.3 Faire part à quelqu'un de quelque chose. «Je ne puis vous parler», lui dis-je, «si vous ne vous ouvrez sur ce point...» (RESTIF DE LA BRET., M. Nicolas, 1796, p.221). Elle s'ouvrit à Mamie de ses inquiétudes (SARTRE, Mots, 1964, p.57). Qqn1 s'ouvre à qqn5. Synon. de se confier à. Par quelle raison ne pas s'ouvrir à moi? (MUSSET, Confess. enf. s., 1836, p.292). Barnave, après le retour de Varennes, ne tarda pas à s'ouvrir à Malouet (SAINTE-BEUVE, Nouv. lundis, t.11, 1868, p.332).
S'ouvrir l'appétit (avec qqc./en + verbe). Mme de Boisrosé s'ouvrit l'appétit en vidant une boîte de chocolats (MORAND, Homme pressé, 1941, p.55).
d) Spécialement
DR. Ouvrir une succession. Faire que les héritiers puissent avoir leur part dans une succession. Anton. bloquer.
Ouvrir une souscription. Permettre à des personnes de souscrire. Synon. lancer; anton. clore. En manière de conclusion, il annonça qu'il ouvrait une souscription afin de construire des appareils nécessaires à la navigation aérienne (A. FRANCE, Vie fleur, 1922, p.352).
BANQUE, FIN.
Ouvrir un compte. Effectuer les démarches nécessaires pour devenir titulaire d'un compte. Et qui me prêtera quatre sous ou m'ouvrira un compte, me l'allongera plutôt, sur la garantie de ton avenir? (ARNOUX, Roi, 1956, p.45). Voir aussi infra V.
Ouvrir un emprunt (auprès de qqn). Se déclarer emprunteur (auprès de quelqu'un). Présentation d'un projet de loi autorisant le département du Calvados à ouvrir un emprunt de trois cent mille francs (ZOLA, E. Rougon, 1876, p.37).
Ouvrir un crédit (à qqn). Faire que quelqu'un puisse bénéficier d'un crédit. Le baron a ouvert un crédit à Chandelier, pour que la tombe de son neveu soit décemment entretenue (MONTHERL., Célibataires, 1934, p.913).
Au part. passé. Les crédits ouverts par un budget extraordinaire peuvent être également complétés par des crédits additionnels (LIDDERDALE, Parlement fr., 1954, p.225).
B. —[Le suj. désigne le moyen de l'instrument]
1. [Le compl. désigne la partie mobile qui ferme l'espace clos] Permettre à ce qui ferme (l'accès à) un espace de se déplacer de manière à ce que l'intérieur de cet espace communique avec l'extérieur. Anton. fermer, verrouiller.
a) Qqc.4 ouvre qqc.2 de qqc.3 Aussitôt il entendit tirer à plusieurs reprises la corde qui, du haut de l'observatoire, ouvrait le loquet de la porte du clocher (STENDHAL, Chartreuse, 1839, p.151).
b) Au fig. Rendre accessible. Anton. fermer. Cette vision épouvantable, promettant d'ouvrir la porte radieuse du ciel et ouvrant la porte horrible du tombeau! (HUGO, Misér., t.1, 1862, p.556). Le diplôme ouvre la porte des professions, le grade est une reconnaissance d'un niveau (B. SCHWARTZ, Réflex. prospectives, 1969, p.19).
2. [P.méton.; le compl. désigne l'espace clos ou inaccessible] Permettre à un espace clos de communiquer avec l'extérieur. Anton. fermer.
a) Qqc.4 ouvre qqc.3 Voici, dit-il, la mignonne clé qui ouvre le manoir paternel (THEURIET, Mariage Gérard, 1875, p.19). C'est une boîte qu'ouvrent toutes les clés (SARTRE, Mains sales, 1948, 7e tabl., p.246).
b) Au fig.
) Qqc.4 ouvre qqc.3 (à qqn5). Ouvrir un horizon, une possibilité, un champ (à qqn). Cette alliance, par la main gauche, vous ouvre un avenir magnifique (BALZAC, Illus. perdues, 1843, p.584). Avoir un gendre comte (...) lui ouvrait un monde fermé jusque-là (ZOLA, Vérité, 1902, p.97).
En partic. [Correspond à supra I A 2 c ] Ouvrir le coeur à qqn. Cette parole m'ouvrit l'esprit; je compris et je pleurai (A. FRANCE, Pt Pierre, 1918, p.193).
♦[Sans expr. de bénéficiaire] Rien n'est meilleur pour ouvrir les idées qu'un verre de bon vin (MÉRIMÉE, Jacquerie, 1828, p.130).
Loc. [Correspond à supra I A 2 c ] Ouvrir l'appétit. Faire venir l'appétit. Voulez-vous un verre d'eau sucrée avec du cognac? ça ouvre l'appétit (ZOLA, Pot-Bouille, 1882, p.112). [Un vin blanc] tue le ver ou ouvre l'appétit au choix, incomparablement (ARNOUX, Zulma, 1960, p.248).
) Qqc.4 ouvre qqc.3 à qqc.5 Ouvrir le pays au progrès. L'amour le plus honnête ouvre l'âme aux petites passions (CHAMFORT, Max. et pens., 1794, p.62). Transaction mensongère, qui ouvrait à tous les crimes une carrière sans bornes! (CONSTANT, Princ. pol., 1815, p.15).
♦[Sans expr. du bénéficiaire] Cette dernière question ouvre un champ de spéculations intéressantes (RENOUVIER, Essais crit. gén., 3e essai, 1864, p.54).
) Qqc.4 ouvre qqn3 à qqc.5 La hifi ouvre les foules à la musique.
C. —[Le suj. désigne l'espace clos ou inaccessible]
1. [Le compl. désigne une partie du référent du suj.] Devenir accessible (à quelqu'un ou quelque chose). Anton. fermer.
a) ) Qqc.3 ouvre qqc.2 à qqn5. Les Prussiens étaient en Lorraine, les Autrichiens en Alsace; Haguenau venait de leur ouvrir ses portes (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t.2, 1870, p.274).
[Dans un cont. métaph.] L'Opéra-Comique leur ouvre ses portes toutes grandes [aux jeunes compositeurs] (P.LALO, Mus., 1899, p.54):
3. Le théâtre de Picasso n'est pas un théâtre populaire. Un jour ou l'autre les théâtres les plus fermés ouvrent leurs portes: je n'imagine pas que le sien puisse les entrouvrir.
COCTEAU, Poés. crit.I, 1959, p.101.
) Qqc.3 ouvre qqc.2 à qqc.5 [Dans un cont. métaph.] Ma vie ouvrait toutes ses portes au souffle de l'éternité (MILOSZ, Amour. initiation, 1910, p.228).
b) Empl. pronom. Anton. se fermer.
) Qqc.3 s'ouvre à qqn5/pour qqn5. Au fig. Le voilà servi à souhait: une belle carrière s'ouvre pour lui (FOURIER, Nouv. monde industr., 1830, p.82). Pour la bourgeoisie (...) s'ouvraient l'enseignement secondaire, l'enseignement supérieur (ZOLA, Vérité, 1902, p.331).
) Qqc.3 s'ouvre à qqc.5
Au fig. Si ton coeur s'ouvre à l'amour des femmes (NODIER, Fée Miettes, 1831, p.84). Mais dans l'intervalle un assez vaste domaine s'ouvre à des possibilités que l'homme a largement mises à profit (VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p.138). Notre économie s'ouvrira à l'Europe (L'OEuvre, 13 mars 1941).
) Qqn3 s'ouvre à qqc.5 Avec le développement du spectacle télévisé (...). Un public nouveau s'est ouvert à un monde artistique nouveau où les chefs-d'oeuvre côtoient les créations les plus médiocres (DUMAZEDIER, RIPERT, Loisir et cult., 1966, p.300).
) [Sans spécification du destinataire] Le mardi, les théâtres s'ouvrent à dix heures du matin (DUMAS père, Monte-Cristo, t.1, 1846, p.527). Une fois le fort emporté, les Anglais délogèrent et Toulon s'ouvrit (HUGO, Fr. et Belg., 1885, p.187).
Au fig., DR. [Correspond à supra I A 2 d] La succession Minoret, de laquelle on parla pendant dix jours, s'ouvrit alors, et fut constatée avec la rigueur des formalités judiciaires (BALZAC, U. Mirouët, 1841, p.190).
2. Empl. intrans. [Avec un compl. de temps] Qqc.3 ouvre. Être accessible (à quelqu'un). Je m'informai de l'heure à laquelle ouvrait la bibliothèque (NERVAL, Filles feu, Angélique, 1854, p.525). Le théâtre de la chambre ouvrait à onze heures du soir (COCTEAU, Enfants, 1929, p.81).
3. Empl. pronom. passif. Se laisser ouvrir. Anton. se fermer.
En partic. Marton: Oh les lettres (...) cela s'ouvre toujours tout seul (DUMAS père, Mariage sous Louis XV, 1841, I, 5, p.111).
D. —[Le suj. désigne la partie mobile]
1. Être susceptible d'être déplacé de manière à mettre en communication l'intérieur d'un espace avec l'extérieur. Anton. fermer. Cette porte n'ouvre jamais (Ac. 1798-1878).
2. Empl. pronom. passif. (Pouvoir) être déplacé de manière à mettre en communication l'intérieur d'un espace avec l'extérieur. Anton. se fermer. Le couvercle ne s'ouvre pas.
a) Qqc.2 (de qqc.3) s'ouvre. La personne (...) se place à la porte d'un cabinet qui puisse s'ouvrir et se fermer facilement (D'ALLEMAGNE, Récr. et passe-temps, 1904, p.199). Il heurta la double porte du garage qui tourna sur ses gonds, s'ouvrit toute grande (BERNANOS, Joie, 1929, p.654).
Au fig. La France n'était plus une prison, les frontières s'ouvraient, la vie ne devait plus être une prison (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p.11).
b) Qqc.2 (de qqc.3) s'ouvre à/sur qqn5. Bien rarement la porte s'ouvre A celui que le haillon couvre (BARBIER, Ïambes, 1840, p.229). Aristide, après une assez longue attente, vit la porte du boudoir s'ouvrir sur un visage impénétrable (VOGÜÉ, Morts, 1899, p.314). À chaque instant, la porte s'ouvrait sur de nouveaux clients que le patron accueillait avec un mot jovial (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p.164).
c) Qqc.2 (de qqc.3) s'ouvre à/dans qqc. Il fut réveillé par le grincement d'une porte qui s'ouvrait à quelque mansarde du fond du corridor (HUGO, Misér., t.1, 1862, p.532).
II. —[Le verbe exprime la disposition relative qu'entretient une ouverture (située dans un espace) par rapport à un espace extérieur;aux indices correspondent respectivement: l'ouverture, l'interface (2); l'espace pourvu de l'ouverture (3); l'espace extérieur (5)]
A. —[Le suj. désigne l'ouverture]
1. Être un moyen de communication orienté vers tel ou tel espace et/ou un moyen d'accès à tel ou tel espace.
a) Qqc.2 (de qqc.3) ouvre sur qqc.5 Synon. donner sur, regarder sur. Cette porte ouvre sur le jardin, sur la cour (Ac. 1878). Une des fenêtres (...) ouvrait sur les plaines de Villeneuve-Saint-Georges, dans la direction de Paris (A. DAUDET, Pte paroisse, 1895, p.40). Entre les deux lits, une porte ouvrait sur un cabinet de toilette-cuisine (COCTEAU, Enfants, 1929, p.28).
En partic. [Avec un compl. désignant une partie du référent du suj.] De l'autre côté de la rue, les fenêtres béantes de l'ancien hôtel Duvillard ouvraient des trous sur le chantier, où les ouvriers s'agitaient (ZOLA, Bonh. dames, 1883, p.601).
Empl. pronom. Qqc.2 s'ouvre sur qqc.5 Synon. donner sur, regarder sur. Après le repas nous causâmes à une fenêtre qui s'ouvrait sur la Tamise (CHATEAUBR., Mém., t.3, 1848, p.126). J'ai déjà dit que cette balustrade s'ouvrait largement sur le désert (BENOIT, Atlant., 1919, p.309). L'unique fenêtre de la ridicule petite maison s'ouvrait sur l'abîme (BERNANOS, Crime, 1935, p.848).
b) Rare
) Qqc.2 (de qqc.3) s'ouvre en qqc.5 Ses porches [de la cathédrale] s'ouvraient en des cavernes pleines de nuit (HUYSMANS, Cathédr., 1898, p.219).
) Qqc.5 s'ouvre dans qqc.3 La place Saint-Georges sur laquelle elle donnait s'ouvrait dans des maisons anciennes dont le crépi était devenu rose en vieillissant (GIONO, Bonh. fou, 1957, p.95).
2. [Avec un compl. indiquant le lieu où se situe l'ouverture] Être une ouverture, un accès situé à tel ou tel endroit. Synon. donner. La porte des caves de W. N. Balcombe and company ouvrait dans ce tunnel de soixante mètres où six vagabonds habillés d'aumônes mangeaient des rognures (HAMP, Champagne, 1909, p.214). C'était (...) cette encoignure que formait (...) une porte condamnée qui ouvrait autrefois sous la voûte d'entrée (GIDE, Faux-monn., 1925, p.1242).
B. —[P.méton., le suj. désigne l'ensemble spatial pourvu d'une ouverture] Avoir une ouverture, une interface orientée sur ou donnant accès à un espace tel ou tel. Synon. donner sur, regarder sur.
1. a) Qqc.3 ouvre sur qqc.5 Elle traverse le salon de musique (...) pour reconnaître le salon de réception ouvrant sur un jardin d'hiver tropical (MALLARMÉ, Dern. mode, 1874, p.837).
Empl. pronom. L'unique auberge est située sur l'unique place, laquelle est d'autant plus vaste qu'elle s'ouvre sur la campagne (SAND, Péché de M. Antoine, t.1, 1845, p.5).
b) Qqc.3 ouvre sur qqc.5 par qqc.2 Ce cabinet (...) était au fond du jardin, ouvrant de plain-pied sur le baobab par une porte vitrée (A. DAUDET, Tartarin de T., 1872, p.2). Des trois chambrettes du second de la maison (...) il a été fait deux pièces dont la moins spacieuse ouvre sur la grande, par une baie qui lui donne l'aspect d'un petit théâtre (GONCOURT, Journal, 1894, p.682).
c) Qqc.3 ouvre + subst. exprimant une direction. Je passai dans le cabinet de toilette qui ouvre au nord, du côté du perron (MAURIAC, Noeud vip., 1932, p.175).
2. a) En partic. [Avec un compl. désignant une partie du référent du suj.] Les caves ouvrant au ras du trottoir leur grille ouvragée ne contenaient que des échantillons dédouanés (HAMP, Champagne, 1909, p.212).
b) Empl. pronom. Qqc.3 s'ouvre. La grange s'ouvre au bout de la cour de la ferme (BARBUSSE, Feu, 1916, p.187). À droite près de la fenêtre s'ouvrait la chambre de Mario Giuseppe Pandolfini (JOUVE, Paulina, 1925, p.57).
III. —[Le verbe exprime la création ou l'existence d'un évidement, d'un passage (pouvant assurer une certaine fonction) dans un espace plein; aux indices correspondent respectivement: l'agent du procès (1); le passage, l'évidement (2); l'espace plein (3); le moyen ou l'instrument (4); le bénéficiaire du procès (5)]
A. —[Le verbe exprime la création d'un évidement]
1. [Le compl. désigne l'évidement, le passage]
a) [Le suj. désigne l'agent] Pratiquer, à des fins diverses, un évidement, une trouée dans un espace plein (au moyen de quelque chose). Synon. percer; anton. boucher, colmater, obstruer, occlure.
) Qqn1 ouvre qqc.2 dans/à travers qqc.3 On a ouvert beaucoup de chemins, de routes dans cette forêt, dans ce bois (Ac. 1835-1935). On a ouvert une porte, une fenêtre dans ce mur (Ac. 1835-1935). Le répareur ouvre et découpe (...) les jours [dans la pâte] (Al. BRONGNIART, Arts céram., t.1, 1844, p.162). Les architectes ont ouvert à travers Paris des avenues larges et rectilignes (HOURTICQ, Hist. art, Fr., 1914, p.385).
Au part. passé:
4. C'est ainsi qu'était protégée la porte papale, ouverte exprès dans le mur de l'enceinte de l'abbaye de Saint-Germain-des-Près, à Paris, en 1163, lorsque le pape Alexandre III consacra l'église.
LENOIR, Archit. monast., 1852, p.77.
Au fig. [Poussin et Lesueur] ont ouvert dans l'avenir une carrière toute nouvelle (DELACROIX, Journal, 1853, p.29).
) Qqn1 ouvre qqc.2 Ouvrir une fosse, une galerie, un souterrain. Ce passage, très-fréquenté (...) le deviendra bien plus encore lorsqu'on aura ouvert un canal de communication entre ces deux rivières (CRÈVECOEUR, Voyage, t.2, 1801, p.145).
Au part. passé. Les deux grotesques ogives (...) ont été ouvertes (...) par une sorte de maçon nommé Peyra (HUGO, Choses vues, 1885, p.112).
Au fig. Ce n'est pas Wagner qui a ouvert une voie nouvelle: le drame wagnérien est une impasse (MAURIAC, Journal 2, 1937, p.142).
) Qqn1 ouvre qqc.2 (dans qqc.3) de/à/avec qqc.4 Ouvrir une tranchée au bulldozer. V. ex. 5.
) [Avec un compl. désignant le bénéficiaire]
Qqn1 ouvre qqc.2 dans qqc.3 à qqn5:
5. Lentement, d'une pesée de l'épaule, Jos-Mari avait ouvert un passage à Kate dans la foule des badauds...
PEYRÉ, Matterhorn, 1939, p.132.
Empl. pronom. réfl. indir. Le directeur quelques instants plus tard, s'ouvrit un autre chemin violent parmi les torses pressés (CÉLINE, Voyage, 1932, p.178).
Qqn1 ouvre qqc.2 à qqn5 (avec/à qqc.4). Paul et Gontran (...) écartèrent les curieux en les bousculant, et (...) ouvrirent une route à Christiane et à son père (MAUPASS., Mt-Oriol, 1887, p.37). Il avançait, du même pas emporté, et la foule lui ouvrait un chemin jusqu'à l'église (CAMUS, Exil et Roy., 1957, p.1682).
Au fig. Il lui a ouvert l'accès aux dignités (Ac. 1835-1935).
Empl. pronom. réfl. indir. Il lui fallait [à la grande compagnie] (...) s'ouvrir partout un passage le fer à la main (MÉRIMÉE, Don Pèdre Ier, 1848, p.438). La Guillaumette et Croquebol durent s'ouvrir un passage de force (COURTELINE, Train 8 h 47, 1888, 2e part., p.187).
[Dans un cont. métaph.] Nous étions trois frères, et notre mère avait de l'orgueil pour nous (...). L'aîné s'est ouvert la route à coups de hache (ZOLA, Renée, 1887, I, 7, p.338).
) Au fig. Qqn1 ouvre qqc.2 à qqc.5 Permettre à quelque chose d'avoir un accès ou une issue. Anton. fermer. Il avait ouvert le chemin à la vérité, je la laissai partir (VIGNY, Serv. et grand. milit., 1835, p.177). Depuis ses plus anciens poètes l'humanité a toujours confondu la volupté et la mort pour ouvrir une issue au désir infini (MAURIAC, Du côté de chez Proust, 1947, p.161).
Au part. passé. La voie entièrement nouvelle ouverte (...) par Archimède à l'esprit mathématique (COMTE, Philos. posit., t.5, 1839-42, p.203).
b) [Le suj. désigne le moyen ou l'instrument favorisant ou causant le procès] Réaliser une ouverture, un passage, un usage tel ou tel, dans un espace plein. Anton. boucher, colmater.
) Qqc.4 ouvre qqc.2 dans qqc.3 Sa chute entraîna un des paravents, qui s'abattit sous elle (...) ouvrant dans l'enceinte une blessure intime de ville bombardée, faisant de la chambre secrète un théâtre ouvert aux spectateurs (COCTEAU, Enfants, 1929, p.189).
Au fig. D'étonnants abats-jour ornés de loups de velours noir apportaient à l'ensemble une note funambulesque. Par la fente des yeux, une lumière rousse ouvrait comme des regards dans l'épaisseur des masques (CARCO, Vérotchka, 1923, p.195).
) Qqc.4 ouvre qqc.2 Les charrues réalisées avec les appareils de culture mécanique (...) sont munies de plusieurs corps et ouvrent par conséquent plusieurs raies à chaque passage (PASSELÈGUE, Mach. agric., 1930, p.70).
Au fig. Il y a un certain roman d'elle qui ouvre vers l'avenir des perspectives très-larges (SAND, Hist. vie, t.2, 1855, p.270).
Au part. passé. De Rimbaud à Mallarmé et à Valéry, la poésie française n'a plus dévié de la route ouverte par les Fleurs du mal (MAURIAC, Mém. intér., 1959, p.55).
) Qqc.4 ouvre qqc.2 à qqn5.
Au fig. Comme la psychologie de Molière paraît courte auprès des perspectives que nous ouvre l'Évangile (BREMOND, Hist. sent. relig., t.4, 1920, p.290). L'art ici [Saint Grégoire et le Purgatoire de Crespi] devient une vision et semble nous ouvrir une fenêtre sur l'autre monde (MÂLE, Art relig., 1932, p.64).
Empl. pronom. réfl. indir. Ils sont six [monstres marins]; leurs nageoires sont vigoureuses, et s'ouvent un passage, à travers les vagues soulevées (LAUTRÉAM., Chants Maldoror, 1869, p.209).
) Au fig. Qqc.4 ouvre qqc.2 à qqc.5 Fournir un accès ou une issue à quelque chose. Anton. barrer, fermer. La distinction des races humaines est trop inférieure en consistance à la distinction spécifique pour ouvrir à l'induction philosophique des voies assez sûres et assez larges (COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p.129).
Loc. Ouvrir la voie à qqc. L'automobile et le vélomoteur ouvrent la voie à un individualisme effréné (FOURASTIÉ, Gd espoir du XXe s., 1969, p.353).
2. [Le compl. désigne un espace plein]
a) [Le suj. désigne l'agent] Faire qu'un espace plein comporte un évidement, une ouverture, un passage. Synon. percer; anton. boucher, colmater, fermer.
) Qqn1 ouvre qqc.3 Ouvrir une forêt, un mur, un bois (Ac. 1835-1935). Le laboureur ouvre le sein de la terre, il y jette le blé (SAINT-MARTIN, Homme désir, 1790, p.198). [Ces gens] chassent à travers nos blés avec leurs chiens et leurs chevaux, ouvrent nos haies (COURIER, Pamphlets pol., Disc. souscr. acquis. de Chambord, 1821, p.80):
6. Lorsqu'on (...) établissait [un monastère] dans la campagne, (...) rien n'était plus facile que d'ouvrir l'enceinte à l'occident pour que la porte se trouvât placée vis-à-vis la façade de l'église.
LENOIR, Archit. monast., 1852, p.95.
Spécialement
MÉD., CHIR. Ouvrir un abcès, un phlegmon (ou mot du même parad.). Percer l'abcès, le phlegmon, etc., afin d'en faire sortir les substances infectieuses. Synon. débrider, inciser, percer. Rieux attendait les vaccins et ouvrait les bubons (CAMUS, Peste, 1947, p.1265):
7. ... ni Dupuytren allant ouvrir un abcès à travers une couche épaisse d'encéphale; ni Gensoul, quand il fit la première ablation de maxillaire supérieur, n'avaient (...) l'intellect aussi tendu que M. Bovary quand il approcha d'Hippolyte...
FLAUB., Mme Bovary, t.2, 1857, p.13.
MARÉCHALERIE, vx. Ouvrir les talons d'un cheval. Percer le pied d'un cheval. Il faut ouvrir les talons d'un cheval à plat, et non en creusant (Ac. 1835).
) P.anal. [L'agent est une force naturelle]
Au part. passé. Il désignait, au loin (...) des taillis ouverts par un coup de vent (HUYSMANS, En mén., 1881, p.49).
) En partic. [Le compl. désigne une partie du corps ou un organe; avec un pron. indiquant le possesseur]
Qqn1 ouvre qqc.3 à qqn5. Pour vérifier davantage la sensibilité de la surface cérébrale il faudrait lui ouvrir la tête (JANET, Obsess. et psychasth., 1903, p.402). C'est moi qui lui ai fendu la poitrine, C'est moi qui lui ai ouvert la côte (CLAUDEL, Père humil., 1920, IV, /, p.557).
Au fig. Il inclinerait vers le jansénisme authentique? (...) Ne faudrait-il pas ouvrir les chairs, atteindre jusqu'aux dernières racines d'un mal peut-être bénin, peut-être mortel? (BREMOND, Hist. sent. relig., t.4, 1920, p.452).
Empl. pronom. réfl. indir. S'ouvrir le ventre, le crâne. V. infra ex. de Sue.
Empl. abs. Il faut ouvrir. Synon. opérer. (Dict. XXe s.).
[Avec un compl. désignant le moyen ou l'instrument] Qqn1 ouvre qqc.3 à qqn5 avec/de qqc.4 La panthère, au passage, lui avait ouvert le ventre d'un coup de patte (MARAN, Batouala, 1921, p.178).
Emploi pronom. réfl. indir. Après un mûr examen, il s'aperçut que le malheureux s'était ouvert les veines du bras... avec ses dents!!! (SUE, Atar-Gull, 1831, p.16).
b) [Le suj. désigne le moyen ou l'instrument] Être ce qui crée un évidement, une ouverture dans un espace plein. Anton. boucher, colmater.
Qqc.4 ouvre qqc.3 Je reçus (...) une carafe réactionnaire lancée à toute volée (...) qui m'ouvrit proprement la jambe (FARGUE, Piéton Paris, 1939, p.164).
♦[Dans un cont. métaph.] L'éperon du navire Ouvre nos champs d'azur (GAUTIER, Poés., 1872, p.299).
3. [Le suj. désigne l'évidement]
a) Se former en tant qu'évidement, ouverture dans quelque chose, au sein de quelque chose. Anton. se boucher.
) Empl. pronom.
Qqc.2 s'ouvre dans qqc.3
Au fig. Une trouée de lumière s'ouvrait dans la vie sombre de ces pauvres gens (ZOLA, Germinal, 1885, p.1278).
Qqc.2 s'ouvre. En passant, nous voyions ces longues rues droites, immenses, s'ouvrir l'une après l'autre sur ce ciel qui blanchissait (LOTI, Mon frère Yves, 1883, p.45). Des rues s'ouvraient, sinistres, charbonneuses (ARNOUX, Gentilsh. ceinture, 1928, p.55).
) Au fig. Qqc.2 s'ouvre à qqn5 Se présenter en tant qu'ouverture. Une issue meilleure s'ouvrait à lui: il allait se tuer! (CHÂTEAUBRIANT, Lourdines, 1911, p.266). Des abîmes s'ouvraient à moi (ARNOUX, Algorithme, 1948, p.301).
b) Empl. pronom. passif. Se creuser (au moyen de quelque chose). Les tranchées s'ouvrent à la pelleteuse, à la pioche.
4. Empl. pronom. [Le suj. désigne l'espace plein] Devenir troué, se percer. Mais lorsque l'abcès s'ouvre et que le pus en découle, c'est un ulcère (GEOFFROY, Méd. prat., 1800, p.251). J'ai recousu mes gants, qui s'ouvraient de tous les côtés (ZOLA, Conquête Plassans, 1874, p.1067). Je venais de le rejoindre, quand les branches s'ouvrent et nous apercevons Philippe, votre ordonnance, qui nous avait surpris (MAUPASS., Contes et nouv., t.1, Ordonnance, 1887, p.1081).
B. —[Le verbe exprime l'existence d'un évidement, d'un passage]
1. [Le suj. désigne l'évidement, le passage ou l'orifice du passage] Constituer un passage, un évidement, de nature telle ou telle, dans un espace plein. Synon. percer, partager.
a) Qqc.2 ouvre qqc.3 Un landau de louage les emportait (...) par les splendides avenues (...) qui ouvrent la forêt comme un parc de Versailles (A. DAUDET, Rois en exil, 1879, p.388). Sa figure semblait celle d'un garçon coiffeur, car une raie soignée ouvrait sa chevelure en deux parties égales (MAUPASS., Bel-Ami, 1885, p.16). Vers le zénith, un clair immense ouvrait les nuages, piqué d'étoiles (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p.265).
b) [Le compl. désigne une partie du référent du suj.] L'escalier, les couloirs, ouvraient leurs gueules sombres (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p.241). Un chemin ouvre sa bouche au ras de la route (GIONO, Regain, 1930, p.21):
8. ... toute une couture avait cédé (...) vrai entonnoir à un courant d'air ouvrant sur la cuisse du soldat le bâillement d'une poche grotesque.
COURTELINE, Train 8 h 47, 1888, 2e part., p.149.
[Avec un compl. désignant le bénéficiaire] Je rode autour de ce cercle [de roches] insurmontable, jusqu'à ce qu'une brèche m'ait ouvert un passage (DUSAULX, Voy. Barège, t.1, 1796, p.139). Le boulevard St-Michel, le boulevard St-Germain m'ouvrent des vides désespérants, que ma mémoire s'exténue à combler (ARNOUX, Algorithme, 1948, p.7).
c) En partic., empl. pronom.
) Qqc.2 s'ouvre (à/dans qqc.3). Synon. béer. Cyrus Smith (...) s'approchait de ce puits sombre (...) dont l'orifice s'ouvrait au fond du magasin (VERNE, Île myst., 1874, p.205). Après Volx, on passe devant une barrière de collines. À un certain endroit s'ouvre l'étroite fente d'un vallon noir de pins (GIONO, Solit. pitié, 1932, p.74).
) Qqc.3 s'ouvre. Des petits lacs d'un vert glauque s'ouvraient ça et là, glissants et traîtres (A. DAUDET, Tartarin Alpes, 1885, p.236). Devant eux s'ouvrait un souterrain (SAMAIN, Chariot, 1900, p.199).
2. [Le suj. désigne l'espace plein]
a) [Le compl. désigne une partie du référent du suj.] Avoir une ouverture, un évidement (d'une nature ou d'un type tel ou tel). Un pont par où se rue une foule en démence. Arc-en-ciel de carnage, ouvre sa courbe immense (GAUTIER, Poés., 1872, p.245). L'immense monument [l'Arc-de-Triomphe de l'Étoile] au bout de la longue avenue, ouvrait dans un ciel rouge son arche colossale (MAUPASS., Contes et nouv., t.1, Inutile beauté, 1890, p.1146):
9. ... vous voyez une forêt nouvelle s'étendre sous l'autre, ouvrir ses avenues profondes pénétrées d'une lumière verte et mystérieuse...
A. DAUDET, Nabab, 1877, p.67.
[P.métaph.] Ce sont des églises grasses (...) qui ouvrent à ras de la rizière des bouches plissées, serrant des saints patrons entre leurs lèvres (GIONO, Voy. Ital., 1953, p.33).
b) Empl. pronom. Qqc.3 s'ouvre. Avoir une ouverture, un évidement (à tel ou tel endroit). Elle affecte la forme d'une enceinte carrée ou rectangulaire s'ouvrant par la grange, enserrant une cour, une habitation et des écuries (VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p.180).
IV. —[Le verbe exprime la relation entre deux ou plusieurs choses envisagée du point de vue de leur déploiement ou de leur écartement; aux indices correspondent respectivement: l'agent ou ce qui en tient lieu (1); l'objet du processus (2)]
A. —[Le verbe exprime un processus de déploiement (de qqc.) ou un processus d'écartement (séparation de diverses choses semblables normalement jointives)]
1. [Le déploiement ne va pas jusqu'à la division de l'objet en parties distinctes]
a) ) Qqn1/qqc.1 ouvre qqc.2 Synon. déplier, déployer; anton. fermer, plier, replier. Ouvrir un couteau, un col, un parapluie; ouvrir un livre; ouvrir sa veste, son gilet. Silencieux à son banc, complètement délaissé, le grand Meaulnes avait ouvert son cahier de brouillon (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p.144):
10. Elle ouvrit son vieux manteau que maintenait fermé une broche de verroterie et découvrit ses épaules maigres, bleuies de coups.
DABIT, Hôtel Nord, 1929, p.132.
Ne jamais ouvrir un livre (p.méton.). Lire peu ou pas du tout. C'est que leurs femmes ouvrent rarement un bouquin. Nous autres, Arméniennes, nous lisons (FARRÈRE, Homme qui assass., 1907, p.176).
En partic. [Le compl. désigne deux choses semblables] Synon. écarter; anton. fermer. La morte (...) ne reprit pas son souffle. Simonin (...) ouvrit avec deux doigts les lèvres blanches de la bouche et souffla délicatement à l'intérieur (JOUVE, Scène capit., 1935, p.130).
Loc. Ouvrir les draps. En l'écartant du drap du dessous, rabattre sur le dessus du lit le coin supérieur du drap du dessus pour faciliter l'accès au lit. Il plaçait les allumettes, le bougeoir, un livre, disposait sa camisole, ouvrait les draps (FLAUB., Mme Bovary, t.2, 1857, p.117). Reculant, malgré le froid, le moment de se coucher, elle retenait la bonne venue dans sa chambre pour ouvrir les draps (HUYSMANS, En mén., 1881, p.69).
) Au fig. [Qqc.2 est une idée, un point de vue] J'ai de la peine à t'ouvrir les idées, mais je ne désespère pas (AUGIER, Contagion, 1866, p.403).
Au part. passé. Il laissait courir son imagination sur les larges horizons ouverts par Joseph (VOGÜÉ, Morts, 1899, p.364).
) Spécialement
ÉLECTR. Ouvrir un circuit. Couper le flux électrique dans un circuit. (Dict. XXe s.).
LING., MUS. Ouvrir une voyelle. Prononcer une voyelle en maintenant écartés les organes phonatoires plus qu'il n'est nécessaire. Le chanteur aura soin d'ouvrir ces voyelles un peu plus que ne le comporte la prononciation parlée (GARCIA, Art chant, 1840, p.50).
LITURG. CATH. Ouvrir la bouche aux cardinaux. Donner pour la première fois la parole à un cardinal dans un consistoire. Le Pape a ouvert la bouche aux cardinaux nouvellement créés (Ac. 1835-1935).
MAR. Ouvrir une voile. ,,Disposer une voile de manière qu'elle reçoive le plus de vent sous le plus grand angle`` (LITTRÉ). Ouvrir une rade, une baie. S'approcher d'une rade, d'une baie de manière à en voir s'élargir de plus en plus l'ouverture ou l'entrée (d'apr. SOÉ-DUP. 1906; ds BONN.-PARIS 1859, GRUSS 1978). Ouvrir deux amers. Se diriger de manière qu'on voit séparés deux repères dont les images coïncidaient auparavant (d'apr. WILL. 1831; ds BONN.-PARIS 1859, GRUSS 1978).
ART MILIT. Ouvrir les rangs, les files d'un bataillon (Ac. 1835, 1878). Desserrer les rangs (dans le sens longitudinal).
SPORTS
Sports de ballon. Ouvrir sur qqn. Passer le ballon à un partenaire mieux placé pour l'attaque (d'apr. PETIOT 1982). Il reçut la balle de Verriest et, sans la stopper, ouvrit sur Langiller. Cette ouverture inattendue prit la défense espagnole à contre pied (Match, 29 janv. 1935, p.10 ds GRUBB Sports 1937, p.53). Ils auraient dû ouvrir sur les ailes (L'Auto, 1937).
Boxe, escr. Ouvrir sa garde. Relâcher sa garde. (Dict. XIXe et XXe s.).
TANN. Ouvrir les peaux. Rendre les peaux souples et maniables (d'apr. LITTRÉ).
b) [Le compl. désigne une partie du référent du suj.]
) Qqn1 ouvre qqc.2 Ouvrir la bouche. Le lion (...) ouvrit une gueule immense et poussa vers Tartarin un formidable rugissement (A. DAUDET, Tartarin de T., 1872, p.31).
En partic. [Le compl. désigne deux objets semblables formant unité] Synon. écarter; anton. fermer. Au-dessus des portes (...) des oiseaux bourrés de crin, ouvrant pour un vol immobile leurs ailes couleur de feu (DUMAS père, Monte-Cristo, t.1, 1846, p.565). Le sonneur allait, un bâton à la main, ouvrant et refermant avec régularité ses jambes maigres (ARNOUX, Abisag, 1919, p.158):
11. «Mais agite tes membres pelviens! agite-les!» Bouvard ouvrait les cuisses, se tordait les flancs...
FLAUB., Bouvard, t.1, 1880, p.67.
Loc. Ouvrir les bras à qqn. Il alla prendre Hortense et la baisa au front. Il ouvrit ses bras à son fils, qui s'y jeta désespérément (BALZAC, Cous. Bette, 1846, p.317).
Au fig. Accueillir quelqu'un (généralement) avec chaleur. Ô mon parent! dites-moi quelque chose, ouvrez-moi les bras (MONTHERL., Malatesta, 1946, IV, 9, p.536).
[Le compl. désigne un organe des sens]
Qqn1 ouvre qqc.2 La petite restait en extase devant l'allée aux fleurs (...) c'est une moisson odorante (...) Cadine ouvrait son nez rose avec des sensualités de chatte (ZOLA, Ventre Paris, 1873, p.768). Le vicaire ouvrit les yeux (BERNANOS, Soleil Satan, 1926, p.132).
Qqn1 ouvre qqc.2 sur qqn/qqc. Les filles d'ici, sur leur porte, ouvraient sur nous de grands yeux (MICHELET, Journal, 1858, p.408).
Qqn1 ouvre qqc.2 à qqc. Ouvrez votre narine aux superbes nausées! (RIMBAUD, Poés., 1871, p.103).
Locutions.
Ouvrir l'oeil. Faire attention à ce qui se passe. Synon. se tenir sur ses gardes. Ça vient toujours du côté qu'on ne surveille pas. Pensez bien à tout; ouvrez l'oeil (GIONO, Colline, 1929, p.72). Le peuple juif avait la tête dure, sans quoi il aurait compris qu'un Dieu fait homme, réalisant la perfection de l'homme, risquait de passer inaperçu, qu'il fallait ouvrir l'oeil (BERNANOS, Journal curé camp., 1936, p.1193).
Ouvrir les yeux à qqn sur qqc. Attirer l'attention de quelqu'un sur quelque chose qu'il n'avait pas remarqué. C'est justement à la faveur de cette épreuve que je compte leur ouvrir les yeux (AYMÉ, Vogue, 1944, p.113).
Ouvrir l'oreille/les oreilles (à qqc.). Écouter, prendre en considération(quelque chose). Il a ouvert les oreilles, l'oreille à ce que je lui ai proposé (Ac. 1935). Ils feignirent d'ouvrir l'oreille aux propositions d'aller à Dresde (SAND, Consuelo, t.2, 1842-43, p.326).
Ouvrir la bouche. Parler, prendre la parole. Anton. se taire. Si Paolo Mercanti a l'audace d'ouvrir la bouche, déclara Olivier Laurent, je lui enfonce un tison de fer rouge dans le ventre (MIOMANDRE, Écrit sur eau, 1908, p.152). Dès que Malraux ouvre la bouche, son magnétisme faiblit (MAURIAC, Journal 2, 1937, p.201).
Ouvrir sa gueule (pop.). Parler, exprimer un avis (généralement haut et fort). (Ds FRANCE 1907).
Arg. L'ouvrir. Parler, exprimer un avis (généralement haut et fort). Tu comprends donc pas qu'faut jamais l'ouvrir devant les naves? (BRUANT 1901, p.91). Il ne faut pas bouger, pas l'ouvrir, sans quoi c'est le mitard (DUSSORT, Journal, 1930, p.2).
) Qqc.1 ouvre qqc.2 Messagères d'avril, petites hirondelles Mes vierges vous prendront dans un pli de leur robe (...). Le lotus ouvrira son coeur pour vous cacher (GAUTIER, Comédie mort, 1838, p.7).
Qqc.1 ouvre qqc.2 à qqc./qqn. Quelques asters (...) ouvraient à un air sans soleil leurs fleurs d'un violet triste (KARR, Sous tilleuls, 1832, p.205).
c) En partic., empl. pronom. Anton. se fermer.
) Qqc.2 s'ouvre. Les fleurs s'ouvrent. Dès qu'il s'agit d'argent, ses yeux s'enflamment, ses mains s'ouvrent pour recevoir, ou deviennent crochues pour retenir (SÉNAC DE MEILHAN, Émigré, 1797, p.1598). Elle avait des froideurs de teint (...) des yeux qui s'ouvraient mal comme au sortir du sommeil (FROMENTIN, Dominique, 1863, p.70). Étrange printemps de la Saint-Martin où pointent les bourgeons qui n'auront pas le temps de s'ouvrir (MAURIAC, Bloc-Notes, 1958, p.89).
En partic. [Le compl. désigne deux choses semblables formant unité] Les paupières [de ma grand'mère mourante] étaient closes et c'est parce qu'elles fermaient mal plutôt que parce qu'elles s'ouvraient qu'elles laissaient voir un coin de prunelle, voilé, chassieux (PROUST, Guermantes 2, 1921, p.336). Les jambes unies en axe [des danseuses] font tourner le corps, puis s'ouvrent, l'une pour l'action, l'autre pour l'équilibre (MORAND, Rococo, 1933, p.6).
) Qqc.2 de qqc.1 s'ouvre. Ah! n'est-il pas levé, l'astre qui fait s'ouvrir la fleur tardive du safran! (MORÉAS, Pèlerin pass., 1891, p.88). Les feuilles nouvelles des marronniers s'ouvraient et se dépliaient (CARCO, Équipe, 1919, p.116).
) [Le suj. est sing.] Dans les appareils Lartigue (...) le signal s'ouvre automatiquement aussitôt qu'il est dévérouillé [sic] (BRICKA, Cours ch. de fer, t.1, 1894, p.496).
d) Empl. abs. Qqc.2 ouvre. Me voyant dans le lit rouge comme une pivoine qui va ouvrir, le médecin vint à moi (MALOT, Sans fam., 1878, p.226).
2. [Le déploiement va ou est perçu comme allant jusqu'à la division de l'objet en parties distinctes]
a) [Le suj. désigne l'agent]
) Qqn1 ouvre qqc.2 Ouvrir des huîtres. Ouvrir un pâté, un melon, une pomme (Ac. 1835-1935). Avant d'en venir au point d'être obligé d'ouvrir le corps de ces instruments (MAIGNE, MAUGIN, Nouv. manuel luthier, 1929 [1869], p.128). Quand vos pères avaient de la rente française, Ils ouvraient des melons dans la salle à manger (JAMMES, Prem. livre quatrains, 1923, p.46).
[Dans un cont. métaph.] L'homme d'autrefois, celui qui l'avait déflorée à peine pubère, il pesait sur elle à cet instant, il l'ouvrait comme un fruit vert et rebelle au couteau (ARNOUX, Rossignol napol., 1937, p.83).
) Qqn1 ouvre qqc.2 à qqn. Nous nous mîmes, tous deux, à manger des moules. La marchande nous les ouvrait et nous dégustions (G. LEROUX, Parfum, 1908, p.24).
b) Empl. pronom. [Le suj. désigne qqc. conçu comme une masse]
) Qqn1 s'ouvre. Synon. se diviser. La foule s'ouvrit pour lui laisser faire les cent pas qui le séparaient de la porte de la salle (STENDHAL, L. Leuwen, t.3, 1835, p.179).
[Avec indication d'un bénéficiaire] La foule s'ouvrait devant eux avec un empressement mêlé de terreur (MÉRIMÉE, Chron. règne Charles IX, 1829, p.71). Le petit gendarme avait abordé un groupe assez pacifique d'aspect, et qui de bonne grâce s'ouvrit devant lui (TOULET, J. fille verte, 1918, p.293).
) Qqc.1 s'ouvre. Synon. se fendre. Wespasiano (...) se prit à sangloter d'une telle violence que sa poitrine semblait s'ouvrir à chaque coup (FEUILLET, Onesta, 1848, pp.403-404). Les tourbillons de poussière s'ouvrirent, et les premières files de musiciens débouchèrent dans l'immeuse arène (GAUTIER, Rom. momie, 1858, p.215). Elle avait sous les yeux (...) le ciel d'hiver qui tardait à s'ouvrir (COLETTE, Pays connu, 1949, p.77):
12. Ils étaient criblés de projectiles: sacs troués, gamelles crevées, —l'air en feu, la terre tremblant et s'ouvrant sous leurs pieds.
BENJAMIN, Gaspard, 1915, p.66.
Qqc.1 s'ouvre en qqc.:
13. ... tout navire qui avait rencontré l'une [de ces mines] s'était ouvert en deux morceaux qui n'avaient pas flotté longtemps.
MAUROIS, Silence Bramble, 1918, p.105.
c) Empl. pronom. passif. Être séparable (en tant de parties). Les noix s'ouvrent au casse-noix.
B. —[Le verbe indique que la position relative de deux (plusieurs) choses ou la disposition d'une chose est présentée comme si elle résultait d'un écartement, d'un déploiement]
1. [Le compl. désigne une partie ou un aspect du référent du suj.]
a) [Le compl. désigne des parties du suj.] Qqc.1 ouvre qqc.2 Synon. déployer, présenter. Des bananiers ouvrent des feuilles qui couvriraient un enfant de douze ans (TAINE, Notes Anglet., 1872, p.29). Les croix blanches ou noires ouvraient leurs bras lamentables, leurs bras de fer, de marbre ou de bois, sur le peuple disparu des morts (MAUPASS., Contes et nouv., t.1, Ordonnance, 1887, p.1079). Des glacis (...) ouvraient de tous les côtés des rangées de tuiles en branche d'éventail (GIONO, Hussard, 1951, p.110).
b) En partic. [Le compl. désigne la forme ou la dimension du suj.] Sur les parois des murs, le globe symbolique ouvrait son envergure démesurée (GAUTIER, Rom. momie, 1858, p.175). Une longue allée d'ormes centenaires ouvrait sa nef étirée (ARNOUX, Gentilsh. ceinture, 1928, p.170).
2. Empl. pronom. Qqc.2 s'ouvre
a) Se présenter sur une (large) portion d'espace dans toute son étendue. Synon. se déployer, s'étaler. Sous leurs yeux une place s'ouvrait, qu'arrondissait en demi-lune une chaîne de becs de gaz tire-bouchonnant dans le pavé (COURTELINE, Train 8 h 47, 1888, 2e part., p.116). Au-delà s'ouvre le pays définitivement enseveli sous l'ombre des dieux (GIONO, Eau vive, 1941, p.29). Derrière la dame du comptoir qui étageait des chiffres s'ouvrait toute une panoplie d'apéritifs (MORAND, Homme pressé, 1941, p.10):
14. ... ils regardaient s'ouvrir devant eux la vaste mer métropolitaine, avec ses hautes lames de maisons se succédant à perte de vue.
LARBAUD, Amants, 1923, p.36.
[Avec un compl. indiquant la manière dont l'espace est occupé] Qqc.2 s'ouvre en qqc. Un bouquet de lilas, peint et découpé, qui s'ouvrait en éventail (GONCOURT, Soeur Philom., 1861, p.35). Vous considériez d'un coeur sec ces villes assises dans leur plaine, au centre de leurs routes qui s'ouvrent en étoile (SAINT-EXUP., Terre hommes, 1939, p.180).
b) Cesser d'être ou de paraître étroit, resserré, paraître s'élargir. Synon. s'élargir; anton. se rétrécir, se resserrer.
) Qqc.2 s'ouvre. Si je vois (...) de doux vallons s'ouvrant pour embrasser la mer, je passe (LAMART., Voy. Orient, t.2, 1835, p.136). L'homme a pullulé de bonne heure sur l'alluvion (...) que le Nil (...) dépose dans la longue vallée qui s'ouvre à partir d'Assouan (VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p.51). Devant eux la forêt et la montagne s'ouvraient sur la plaine (GIONO, Chant monde, 1934, p.199).
) Qqc.2 s'ouvre vers/sur qqc. Les Pyrénées s'ouvrent vers Bagnères et permettent à l'imagination de placer tout ce qu'elle veut entre ces formidables décorations (MICHELET, Journal, 1835, p.194).
V. —[Le verbe exprime une relation se rapportant à un processus (ou qqc. qu'on tient comme tel); aux indices correspondent respectivement: l'agent du processus (1); le processus (2); l'entame du processus, sa partie initiale (3)]
A. —[Le suj. désigne l'agent] Entamer, mettre en train un processus. Synon. commencer, débuter; anton. clore, finir, terminer.
1. a) Qqn1 ouvre qqc.2 Ouvrir des négociations, une campagne, un chantier. Ouvrir une session parlementaire (Ac. 1935). Thomas (...) ouvrit l'attaque en prenant l'offensive (CLADEL, Ompdrailles, 1879, p.194). C'est M. Barrachin (R.P.F.) qui a ouvert la discussion dès que M. Edgar Faure eut terminé la lecture de la déclaration ministérielle (Le Monde, 19 janv. 1952, p.5, col. 1):
15. ... l'on eut beau ne pas faire d'autopsie et ne pas ouvrir d'enquête, après avoir escamoté les papiers du mort, il subsista des doutes...
CLEMENCEAU, Vers réparation, 1899, p.205.
Au part. passé. La consultation ouverte par les socialistes français auprès des socialistes italiens, et la réponse de ceux-ci prouvent que cette confiance était juste (JAURÈS, Paix menacée, 1914, p.18).
b) En partic. [Le compl. désigne un (type d')établissement où se pratique une activité dont bénéficie un public] Mettre en exploitation. Ouvrir un commerce, un restaurant, un cinéma, une école. Je vais ouvrir une maison de banque à Paris pour l'Amérique du Nord (BALZAC, Mme de la Chanterie, 1850, p.290). La veuve de Claude Bernard, pour réparer les crimes de la physiologie expérimentale, a ouvert un asile de chiens (MÉNARD, Rêv. païen, 1876, p.211).
Ouvrir boutique (v. boutique A 2 a).
[P.méton.] L'hôtel venait d'ouvrir quatre nouveaux appartements en face du Jardin des Tuileries (FARGUE, Piéton Paris, 1939, p.203).
Qqc.2 s'ouvre. Avez-vous visité Florence? On m'assure qu'il s'y est ouvert depuis peu de très beaux magasins, qui sont éclairés le soir (A. FRANCE, Lys rouge, 1894, p.138).
c) Locutions
Ouvrir le bal; ouvrir le ban (v. ban1 I A 1 b).
Ouvrir la séance. Déclarer qu'une séance est commencée. Le 6, dimanche. —J'ai ouvert la séance à neuf heures (MAINE DE BIRAN, Journal, 1816, p.220).
d) Spécialement
ART MILIT. Ouvrir le feu. Tirer avec une arme ou une bouche à feu. Des chasseurs à pied (...) par erreur avaient ouvert le feu sur sa compagnie (CÉLINE, Voyage, 1932, p.54).
Au fig. V. feu1 III B 1.
SPORTS (de ballon). Ouvrir la marque. Inscrire le (les) premier(s) point(s) pour une équipe. Nemès ouvre la marque (L'Auto, 11 janv. 1937).
SKI. Ouvrir la/une piste. Parcourir une piste à skis pour en vérifier l'état avant d'en permettre l'accès aux coureurs (d'apr. PETIOT 1982).
JEUX DE CARTES
Ouvrir la partie, le jeu. Faire la première vade (Ac. 1798-1878).
Belote, tarot. Ouvrir à + nom de couleur. Faire l'ouverture dans telle ou telle couleur. Ouvrir à trèfle.
Poker. Lancer les enchères et écarter le premier lorsqu'on a la combinaison requise pour faire l'ouverture. Et puis François, il y a toujours le poker... —Une culotte? —Oui, hier soir... un pot de cinq sacs... j'ouvre avec deux as, la dernière à parler... rentrent trois valets... je fonce (VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p.31). V. ouverture B 2 ex. de ALLEAU 1964.
2. Qqn1 ouvre qqc.2 par qqc.3 Ouvrir la campagne par un siège (Ac.). Sacha Guitry ouvre la saison par deux pièces inédites (COLETTE, Jumelle, 1938, p.7).
B. —[Le suj. désigne la partie initiale du processus] Constituer la première phase d'un processus, être le premier terme de quelque chose. Synon. initier (littér.); anton. clore, terminer. Son nom ouvre la liste (Ac. 1835-1935). Deux hommes ouvrent la philosophie au dix-septième siècle et la constituent, Bacon et Descartes (COUSIN, Hist. philos. XVIIIe s., t.1, 1829, p.226). Le baron du Guénic baisse! Cette phrase ouvrait les conversations dans tous les ménages (BALZAC, Béatrix, 1839, p.47). M. Larisse déclare (...) que la question d'Alsace-Lorraine pour la France ouvre la question allemande pour la France et pour le monde (PÉGUY, Argent, 1913, p.1302).
Loc. Ouvrir la marche. Être en tête d'un cortège. Les aînés, comme il sied, ouvrirent la marche (VERLAINE, OEuvres compl., t.5, Biogr. (Léon Vanier), 1896, p.371).
C. —[Le suj. désigne le processus] Emploi pronom. Commencer, débuter. Anton. se finir, se terminer.
1. Qqc.2 s'ouvre. Une guerre, un bal qui s'ouvre. Une drôle d'époque va s'ouvrir (COLETTE, Pays connu, 1949, p.99). Le procès de M. Lambert s'ouvrit à Lille à la fin du mois de mai (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p.289):
16. ... comme le carnaval s'ouvrait le lendemain, il était fort important qu'Albert lançât son prospectus avant cette ouverture.
DUMAS père, Monte-Cristo, t.1, 1846, p.472.
2. Qqc.2 s'ouvre par qqc.3 L'Évangile s'ouvre admirablement par le tableau de deux ménages où l'on trouve toutes les vertus les plus pures (DUPANLOUP, Journal, 1866, p.276). L'histoire de Port-Royal s'ouvre par un accident, n'est qu'un accident (BREMOND, Hist. sent. relig., t.4, 1920, p.422). Ce morceau s'ouvre par un adagio plein de charme (PROD'HOMME, Symph. Beethoven, 1921, p.460). Le lendemain s'ouvrit par une de ces matinées enchanteresses, telles qu'en offre le printemps (ESTAUNIÉ, Mme Clapain, 1932, p.103).
REM. Ouvrable, adj., rare. Qu'on peut ouvrir. Synon. ouvrant. Écrin «Gillette» avec contre peigne ouvrable (Catal. jouets [B.H.V.], 1936).
Prononc. et Orth.: [], (il) ouvre []. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. a) Fin Xe s. obrir «faire que ce qui était fermé ne le soit plus» (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 324); ca 1100 «déplacer ce qui empêche le libre passage» (Roland, éd. J. Bédier, 2258: De pareïs li seit la porte uverte!); 1re moitié XIIIe s. «donner accès à» (Guillaume de Palerne, 5091 ds T.-L.: la fenestre..., Qui desor le vergier ouvroit); ca 1485 «rendre accessible» (Myst. du V. Testament, éd. J. de Rothschild, 17684: nous avons boutique ouverte); id. (ibid., 18301: A tous universellement Ouvre les biens de son hostel); b) fig. 1275-80 «découvrir» (Rose, éd. F. Lecoy, 7148); 1461 «rendre capable de pénétration» (VILLON, Testament, éd. J. Rychner et A. Henry, 95: Travail... M'ouvrist plus que tous les commens d'Averroys sur Aristote); XIVe s. [date ms.] ouvrir la voie (JEAN DE MEUN, Test., Vat. Chr. 367, f° 3a ds GDF. Compl.); 2. ca 1100 «rendre accessible en écartant les éléments» (Roland, 2285: (Uvrit les oilz); 1280 donner a borse overte «donner sans compter» (Clef d'amour, éd. A. Doutrepont, 1485); 1280 d'une lettre (ibid., 697); 1306 «desserrer les rangs d'un groupe» (GUILLAUME GUIART, Royaux Lignages, éd. de Wailly et Delisle, 14169); 3. ca 1100 «faire une ouverture (d'un corps)» (Roland, 2964: uvrir); 4. 1376 «commencer, introduire» (Modus et Ratio, éd. G. Tilander, 1, 36: Ces deux cloent et ouvrent l'us Des dames et des damoiselles); fin XVe s. «mettre en train, commencer (une guerre)» (FROISSART, Chron., 2e rédaction, éd. Kervyn de Lettenhove, t.2, p.483: que la guerre feust ouverte); 1928 rugby (Mirroir des Sports, XVIII, 73b ds R. Ling. rom. t.39, p.209). B. Ca 1210 part. passé adj. «manifeste évident» (Dolopathos, éd. Ch. Brunet et A. de Montaiglon, 9946); 1587 à force ouverte (LANOUE, Discours pol. et militaires, p.259); 1671 faire guerre ouverte à qqn (POMEY); b) 1588 «sincère, franc» (MONTAIGNE, Essais, éd. P.Villey, I, chap. 24, t.1, p.131). D'un lat. pop. operire «ouvrir» (cf. L'a. prov. obrir XIIe s. ds RAYN., s.v. apertio, le cat. obrir 1391 ds ALC.-MOLL, l'ital. obrire XIIIe s. ds DEI et différents dial. ital.: v. REW3 515), altération du lat. class. aperire «ouvrir; découvrir au sens physique et moral; creuser; dévoiler», prob. sous l'infl. de son anton. cooperire «couvrir» qui a supplanté le verbe simple operire. Fréq. abs. littér.: 20833. Fréq. rel. littér.: XIXe s.: a) 25544, b) 33135; XXe s.: a) 32258, b) 29648. Bbg. BECKER 1970, p.234, 326. —BRUNEAU (Ch.). Romania. 1927, t.53, p.234. —CHAUTARD Vie étrange Argot 1931, p.677. —QUEM. DDL t.5, 10.

ouvrir [uvʀiʀ] v. [CONJUG. couvrir.]
ÉTYM. V. 980, obrir; uvrir, 1080, Chanson de Roland; du lat. pop. operire, du lat. class. aperire.
———
I V. tr.
1 Dégager (qqch.) de ce qui tenait fermé ( Débâcler, vx; débarrer, déverrouiller…); déplacer les éléments mobiles de (une ouverture) de manière à mettre en communication l'extérieur et l'intérieur. || Ouvrir une porte, la porte (→ Appliquer, cit. 17; cogner, cit. 4; dérober, cit. 26; espérer, cit. 12; façon, cit. 32; frapper, cit. 49), l'ouvrir à peine ( Entrouvrir), l'ouvrir toute grande, largement, à deux battants (1. Battant, cit. 2 et 4). Par métaphore. || Ouvrir sa porte (cit. 26) à (qqn). || Ouvrir la porte avec une clef, un passe-partout. Par ext. || Clef qui ouvre une porte, qui permet de l'ouvrir. || Ouvrir une porte avec effraction. Crocheter, forcer (→ Monseigneur, cit. 3).Fig. Porte.Ouvrir la fenêtre, les fenêtres (cit. 6). || Ouvrir les rideaux (cit. 3), les jalousies (cit. 29). Tirer. || Ouvrir les portières (→ Marche, cit. 30), les vitres d'une voiture. Baisser (→ Jeter, cit. 16). || Ouvrir un guichet (cit. 2), une trappe (→ Hasard, cit. 44). || Ouvrir un robinet. || Ouvrir un clapet, une soupape, une vanne… Lâcher.
1 Ma chandelle est morte,
Je n'ai plus de feu,
Ouvre-moi la porte
Pour l'amour de Dieu.
Au clair de la lune, chanson populaire.
2 Ô Seigneur ! ouvrez-moi les portes de la nuit,
Afin que je m'en aille et que je disparaisse !
Hugo, les Contemplations, IV, XIII.
3 Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, les voilà !
Hugo, la Légende des siècles, LII, X.
4 On avait ouvert toutes les fenêtres, et le soleil de mai jouait librement dans les chambres (…)
E. Fromentin, Dominique, VI.
Absolt (avec ellipse du complément « la porte »). || Ouvrir à qqn, ouvrir. || Ouvrez-moi (→ Fermer, cit. 1; 1. garde, cit. 57; guichet, cit. 1). || Ouvre !, ouvre vite ! || Va ouvrir (→ Impotence, cit.; nuit, cit. 44). || « Frappez, et l'on vous ouvrira » (→ Demander, cit. 15). || Ouvrez, au nom de la loi !
5 Le marquis (…) se trouva bientôt à la porte de la maison où son fils le suivit intrépidement. — Qui est là ? demanda-t-il. — Ouvrez, répondit une voix presque suffoquée par des respirations haletantes.
Balzac, la Femme de trente ans, Pl., t. II, p. 795.
2 (Le compl. désigne un local, un objet d'une capacité quelconque). Mettre en communication avec l'extérieur, par le déplacement ou le dégagement de l'élément mobile. || Ouvrir son logis (→ Dur, cit. 17), une chambre (→ Maléfice, cit. 5), sa voiture. || Ouvrir une armoire (cit. 1). || Ouvrir une boîte (→ Intempestif, cit. 3), un tonneau, un bocal (→ Jeter, cit. 21), une cassette (→ Moisir, cit. 1), un paquet, une malle (→ Nantissement, cit. 2). Déballer, débonder, déboucher, déclore, déclouer, dépaqueter…Absolt. || Pour ouvrir, percez le couvercle.(Le suj. désigne ce qui ferme). || Soupape servant à ouvrir et fermer un réservoir.Spécialt. (En insistant moins sur l'action elle-même que sur son résultat et sur la durée de ses effets). || Ouvrir sa maison à tous.(Au passif). || Sa maison est ouverte à tous. Ouvert (ci-dessous). || Ouvrir un magasin, une boutique de 9 heures à 18 heures. || Ouvrir son salon pour des conférences (→ Gaine, cit. 3).Absolt. (Avec ellipse du complément, qui désigne un lieu ouvert au public). || Nous ouvrirons toute la matinée de dimanche.
3 Écarter ou déplier (les parties d'un organe, les éléments d'un objet), et, par ext., mettre dans une nouvelle disposition qui assure la communication ou le contact avec l'extérieur. || Ouvrir les lèvres (→ Languissant, cit. 10), la bouche (→ Articuler, cit. 7). — ☑ Loc. fam. L'ouvrir : parler. || Il n'y a pas moyen de l'ouvrir, avec ce bavard !Ouvrir les mâchoires (→ Dent, cit. 4), la gueule (→ Empailler, cit. 1).Ouvrir le bec. — ☑ Ouvrir les yeux, l'œil (→ Aigle, cit. 4; dieu, cit. 8; endormir, cit. 17). Écarquiller.Ouvrir un œil : s'éveiller.Ouvrir les narines (→ Humer, cit. 6 et 7).Ouvrir la main, les mains, les doigts (→ Foi, cit. 46; gravement, cit. 2). || Ouvrir les bras ( Étendre), les cuisses ( Écarter). || Ouvrir ses ailes (cit. 12). Déployer.(Par ext.).Ouvrir l'oreille.Fig. || Ouvrir ses sens (→ Image, cit. 50).Odeur qui ouvre l'appétit (cit. 11 et 18), qui suscite la faim. Apéritif.
6 Elle ouvre à demi les bras : Jacques s'y glisse (…)
Martin du Gard, les Thibault, t. I, p. 114.
6.1 — Pour quoi faire ? Une visite à cette (…) demoiselle ? (…)
— Mais non, pas une visite. Pour ouvrir les yeux sur ce qui se passe, voyons.
F. Mallet-Joris, le Jeu du souterrain, p. 115.
Ouvrir un sac, sa bourse (cit. 7), un porte-monnaie, un portefeuille… || Ouvrir son veston. Déboutonner. || Ouvrir les draps (→ Fatiguer, cit. 27), le lit. Défaire. || Ouvrir un couteau (cit. 11 et 13), un compas (cit. 3). || Ouvrir une enveloppe, une lettre (cit. 24 et 27), une dépêche (cit. 3). Décacheter, déplier. || Ouvrir un éventail, une ombrelle, un parapluie, un parasol…Ouvrir un livre, un registre, un carton, un dossier… (→ Dictionnaire, cit. 11; examen, cit. 15; feuilleter, cit. 3; minute, cit. 8). || Je lui ai donné un livre, un album, mais il ne l'a même pas ouvert. Regarder. || Ouvrir largement son journal. Étaler.
7 De ses mains brunes et grasses, il fouillait des dossiers, ouvrait des journaux commerciaux (…)
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IV, XI, p. 115.
(Dr.). || Ouvrir un testament.
Électr. || Ouvrir un circuit.
Fam. Mettre en marche, faire fonctionner. || Ouvrir la lumière, le gaz, la radio, la télévision, le chauffage… (par métonymie) l'eau. Allumer, brancher.Ouvrir le robinet, l'interrupteur.
Mar. || Ouvrir deux amers, se diriger de manière que la distance qui les sépare soit de plus en plus sensible à l'œil. || Ouvrir une rade, une baie, « s'en approcher de manière à en découvrir de plus en plus l'ouverture ou l'entrée » (Gruss). — N. B. Ces deux expressions signifient que le navigateur ouvre l'angle que présentent les points en vue par rapport à sa position.
Milit. || Ouvrir les rangs. Desserrer.
4 Faire, créer, en creusant, en trouant (une solution de continuité). || Ouvrir une fenêtre dans un mur, une brèche (cit. 3) dans une forteresse (→ Mouvement, cit. 21). Pratiquer. || Ouvrir une tranchée, une galerie, une mine. || Ouvrir, en labourant, une enrayure (1. Enrayure, cit.), un sillon (→ Motte, cit. 1; motteux, cit.). || Ouvrir une tombe. Par métaphore. || Ouvrir un abîme (cit. 29; → Musique, cit. 12).
8 En ce moment, des nuages s'assemblaient au-dessus de la mer; noirs, déchiquetés, ils ouvraient dans tous les sens des découpures hargneuses entre lesquelles flottait un vaste lac d'or.
Edmond Jaloux, les Visiteurs, I.
Techn. || Ouvrir le coton (en écartant les fibres). → Ouvreuse, cit.
5 Faire une ouverture, des ouvertures dans qqch. || Ouvrir la terre (→ Fraîchement, cit. 1; jardinage, cit. 2; laboureur, cit. 2).
(Le compl. désigne une chose dont le contenu peut s'échapper, être recueilli). Couper, entamer, fendre. || Ouvrir un fruit (→ Fuser, cit. 6), des noix, des huîtres (→ Gruger, cit. 1), un pâté.Chirurgien qui ouvre un abcès, un furoncle à l'aide d'un bistouri (cit. 2 et 4). Débrider, inciser, percer. || Ouvrir la veine. Saigner.S'ouvrir les veines. || S'ouvrir le ventre. Éventrer (s'), harakiri (faire). || S'ouvrir le crâne en tombant.Absolt. || Le diagnostic externe est insuffisant, il va falloir ouvrir, opérer en pratiquant une ouverture.Figuré :
9 Ouvrir son cœur pour le mettre en étalage sur un comptoir ! S'il a des blessures, tant mieux !
A. de Vigny, Chatterton, III, 1.
6 Créer ou permettre d'utiliser (un moyen d'accès), d'avancer dans un milieu résistant. || Ouvrir, s'ouvrir un chemin (cit. 41), une voie… Frayer (→ Géométrie, cit. 5; issue, cit. 7; nihilisme, cit. 1). || Ouvrir une entrée, une issue (cit. 4), un passage (→ Fabuleux, cit. 6; maquis, cit. 1).Ouvrir… à… : rendre praticable pour. || Ouvrir un canal à la navigation. || Ouvrir la carrière (cit. 10). — ☑ Fig. Ouvrir des horizons, des perspectives à qqn (→ Allusion, cit. 3; nouveau, cit. 19).
10 Avec cette idée que je m'étais faite du rêve comme ouvrant à l'homme une communication avec le monde des esprits (…)
Nerval, Aurélia, II, III.
11 (…) quelques visites reçues ou rendues, et qui me firent mieux connaître les chemins de son village qu'elles ne m'ouvrirent les avenues discrètes de son amitié.
E. Fromentin, Dominique, I.
12 (…) avec ses dialogues et ses contemplations, Madeleine de Pazzi ouvre d'éloquents horizons, mais l'âme, lutée par la cire des péchés, ne peut la suivre.
Huysmans, En route, p. 168.
13 Les légistes révolutionnaires, expéditifs et hardis, réduisant au minimum les bagages de la Révolution en marche, lui ouvrirent d'emblée des routes toutes droites à travers la vieille forêt de préjugés et d'erreurs; mais ils ne frappèrent d'abord à coups de hache que juste ce qu'il fallait abattre pour que la Révolution passât.
Jaurès, Hist. socialiste de la Révolution, t. V, p. 223.
14 « En novembre (1813), ce qui avait été la Grande Armée entrait à Mayenne après avoir dû s'ouvrir un passage à Hanau sur les Bavarois qui avaient trahi à leur tour. »
J. Bainville, Hist. de France, XVIII, p. 424.
Sports, cour. || Ouvrir la route, la piste, s'y engager le premier. || Entraîneur, motard qui ouvre la route, le parcours. || Skieur qui ouvre la piste.
Par ext. Rendre accessible (un lieu, un domaine) à qqn. || Ouvrir un asile (cit. 2, 6 et 23), un refuge à qqn. || Ouvrir sa demeure, sa maison à qqn, lui offrir son accueil (→ 1. Goutte, cit. 3).
15 (…) la terre ouvre son sein fertile et prodigue ses trésors aux heureux peuples qui la cultivent pour eux-mêmes : elle semble sourire et s'animer au doux spectacle de la liberté; elle aime à nourrir des hommes.
Rousseau, Julie, IV, XVII.
16 (…) elle était fière de Jérôme, elle le voyait arrivant à une direction générale, à l'aide de ses succès qui, dans ce temps, lui ouvraient quelques salons où certes il n'aurait jamais pénétré sans les circonstances qui faisaient de la société, sous l'Empire, une macédoine.
Balzac, les Petits Bourgeois, Pl., t. VII, p. 78.
7 Fig. || Ouvrir… à… : rendre accessible (un domaine, un monde moral, intellectuel).Ouvrir à qqn son âme, son cœur, sa pensée…, lui permettre d'entrer dans le secret de son âme (par des confidences, des aveux sincères). Découvrir (→ Louange, cit. 6; nature, cit. 47). || La gentillesse un peu fourbe (cit. 2) qui m'ouvrait les cœurs. || Phrases qui ouvrent à l'esprit des horizons (cit. 18) nouveaux.(Ouvrir… à qqch.). || Un lazzi (cit. 7) suffit pour ouvrir le champ à l'inattendu. || Ouvrir son âme à l'idéal (cit. 11).Absolt.Ouvrir l'esprit (à qqn), lui rendre l'esprit ouvert, large. || Un maître, un enseignement, une lecture qui ouvre l'esprit. Éveiller.
17 Ce sont deux arts (la musique et la danse) … qui ouvrent l'esprit d'un homme aux belles choses.
Molière, le Bourgeois gentilhomme, I, 2.
18 (…) il faut ouvrir son esprit aux preuves, s'y confirmer par la coutume (…)
Pascal, Pensées, IV, 245.
Rendre familier, compréhensible.
19 Vous m'avez ouvert un monde d'idées que je ne soupçonnais pas (…)
Proust, À la recherche du temps perdu, t. XI, p. 77.
20 J'ai fréquenté chez les astronomes et j'imagine parfois ce monde où leur pensée se complaît et se perd; celui que m'ouvre mon microscope n'est pourtant (…) ni moins merveilleux ni moins vaste.
G. Duhamel, la Nuit d'orage, III, p. 49.
8 Commencer, mettre en train. || Ouvrir une campagne.Loc. Ouvrir les hostilités, la lutte, le feu… Attaquer (→ Exciter, cit. 7; graver, cit. 12; molester, cit. 2).Ouvrir une discussion, un débat, une information, une enquête (cit. 8), un procès.Ouvrir la session parlementaire, la séance, le scrutin… || Ouvrir une souscription. || Ouvrir une exposition, une foire, les Jeux olympiques (→ Handicap, cit. 1). || Ouvrir une ère (cit. 6) nouvelle. || Ouvrir une parenthèse.Être le premier à faire, à exercer (une activité, etc.).Loc. Ouvrir la marche, la danse, le bal, le ban… (→ Déployer, cit. 12). || Son nom ouvre la liste.
21 Et nous devons ouvrir nos doctes conférences
Par les proscriptions de tous ces mots divers
Molière, Les Femmes savantes, III, 2.
22 (…) Mme de la Tour-Franqueville fut une des premières (admiratrices de Rousseau); elle ouvre la marche, et elle mérite qu'on lui fasse une place à part (…)
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 29 avr. 1850.
23 (…) les gens de basoche, avec cette pointe d'admiration que leur inspirent toujours d'habiles canailles, concluaient unanimement que les parlementaires ne laisseraient jamais ouvrir un procès où ils pouvaient sombrer.
M. Barrès, leurs Figures, p. 13.
Ouvrir le jeu : être le premier à miser, à déclarer, à jouer. Absolt. || Ouvrir : faire l'ouverture (I, 5), à certains jeux de cartes. || Ouvrir d'un trèfle, d'un pique.Dr. || Ouvrir une succession (→ Malade, cit. 11).Fin. || Ouvrir un compte, un crédit, un emprunt. Ouverture.
(1928). Absolt. Sports. Au rugby, lancer l'attaque, en parlant du demi d'ouverture. || Ouvrir sur tel joueur, en lui passant le ballon.
9 (Avec rappel du sens 2.). Créer, fonder (un établissement ouvert au public). || Ouvrir un magasin, une boutique, des écoles, des ateliers (cit. 7), un commerce.
24 Servin, l'un de nos artistes les plus distingués, conçut le premier l'idée d'ouvrir un atelier pour les jeunes personnes qui veulent prendre des leçons de peinture.
Balzac, la Vendetta, Pl., t. I, P. 864.
———
II V. intr.
1 Être ouvert. || Cette porte n'ouvre jamais (Académie). || Magasin, théâtre qui ouvre tel jour (→ Distribuer, cit. 5), à telle heure. || Ouvrir sur… : donner accès, donner vue sur. Donner. || Porte qui ouvre sur la rue. || Chambres qui ouvrent sur le jardin (→ Enclore, cit. 1).
25 La scène ouvre dans Sophocle, par un chœur de Thébains prosternés au pied des autels (…)
Voltaire, Œdipe, Lettre III.
26 Bien qu'il eût fait pendre un rideau de velours vert devant la double porte qui ouvrait sur le salon, Haverkamp craignait d'être entendu.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. V, V, p. 34.
2 Commencer, débuter. || Les cours ouvriront la semaine prochaine.
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s'ouvrir v. pron.
1 Devenir ouvert (→ ci-dessus, I, 1., 2. et 3.). || La porte s'ouvre (→ Appuyer, cit. 42; bouton, cit. 10; enfilade, cit. 2). || La porte s'ouvrit toute grande (cit. 18).Sésame, ouvre-toi ! (formule magique dans un conte oriental). || La fenêtre s'était ouverte (→ 2. Courant, cit. 7; gorge, cit. 23). || C'est l'heure où toutes les boutiques s'ouvrent. || Malle trop pleine qui s'ouvre brusquement. || S'ouvrir en éclatant. Crever, éclater. || S'ouvrir le genou en tombant. Déchirer (se).Sa bouche s'ouvre (→ Aune, cit. 2; avaler, cit. 5). || Leurs yeux s'ouvrent (→ Agonie, cit. 7). || Narines (cit. 2) qui semblent s'ouvrir. || Mains (cit. 1), bras, ailes (cit. 10) qui s'ouvrent. || Chemise, corsage, voile qui s'ouvrent (→ Dévoiler, cit. 6; gorge, cit. 11). || La fleur, la capsule s'ouvre (→ Anémone, cit. 2; coton, cit. 3; faner, cit. 9; garder, cit. 27). Déplier (se), éclore, épanouir (s'). || Organes qui s'ouvrent d'eux-mêmes. Déhiscent. || La foule (cit. 8) s'ouvrait sur mon passage. || Sa bourse, son portefeuille s'ouvre facilement : il est généreux, donne facilement.
27 (…) sa bourse s'ouvrait facilement, il vivait à la grande (…)
Balzac, Mme de La Chanterie, Pl., t. VII, p. 276.
28 (…) une vieille porte basse et cintrée où les araignées faisaient leur toile et qui ne s'ouvrait qu'une heure ou deux le dimanche et aux rares occasions où le cercueil d'une religieuse sortait du couvent.
Hugo, les Misérables, II, VI, VIII.
29 Et plein d'odeurs, le lit, défait, s'ouvrait dans l'ombre.
Verlaine, Parallèlement, « Les amies », I.
30 Le dossier qu'elle portait manqua s'ouvrir, elle en retint les pages contre sa gorge comme une nichée de colombes.
Giraudoux, Bella, VIII.
Être percé, creusé (→ ci-dessus, I, 4.). || Une lucarne s'ouvrait dans la paroi (→ Loge, cit. 14). || Un abîme (cit. 13), un gouffre (cit. 3) s'ouvre devant nous. || À gauche, de ce côté… s'ouvre un couloir (→ Carré, cit. 5), une impasse (cit. 2), une bouche de métro (cit. 3).Par ext. (Le sujet désigne une pièce). Se trouver en communication. || La salle de bains s'ouvrait à côté de la chambre (→ Discret, cit. 7; jouer, cit. 31; mosquée, cit. 2).
31 Une déchirure bleue s'ouvrait derrière la nuée (…)
Zola, Nana, XI.
2 S'ouvrir sur… : être percé, pratiqué de manière à donner accès ou vue sur… Donner. || Fenêtre s'ouvrant sur la cour (→ Courtine, cit. 3), sur un jardin (→ 2. Griller, cit. 4). || La grille s'ouvrait sur la rivière (→ Noirâtre, cit.).
32 Derrière le bureau, une porte conduisait à une seconde pièce, dans laquelle le juge cachait parfois les personnes qu'il voulait garder à sa disposition; tandis que la porte d'entrée s'ouvrait directement sur le large couloir, garni de banquettes, où attendaient les témoins.
Zola, la Bête humaine, IV.
33 Au-dessus de la porte, un œil-de-bœuf s'ouvrait sur la nuit d'été qui me parut presque lumineuse.
G. Duhamel, la Nuit d'orage, XI, p. 137.
3 Se présenter, s'offrir comme une voie d'accès, un chemin (→ ci-dessus, I., 6.). || Le chemin, la route qui s'ouvre devant nous. || Quelle carrière (cit. 16) pouvait s'ouvrir pour moi. Offrir (s').Par ext. Devenir accessible, apparaître comme accessible. || Trois mers s'ouvraient libres devant Napoléon (→ Expansion, cit. 5). || Le champ qui s'ouvre devant les yeux de l'homme (→ Garde-fou, cit. 2). || Devant (cit. 1) nous s'ouvrait une vaste étendue sablonneuse. Développer (se), étendre (s'). || Une vie nouvelle (cit. 6), un horizon (cit. 16) de vie qui s'ouvrait devant lui.
34 En récompense il s'ouvrit à lui en 1711 un champ plus vaste, et qui n'avait point été cultivé (…)
Fontenelle, Leibniz, in Littré.
4 (Personnes ou réalités humaines). || S'ouvrir à (qqch.) : devenir accessible à, se laisser pénétrer par (un sentiment, une idée). || Son cœur s'ouvre à la joie, à l'espoir, à la faiblesse (→ Écouter, cit. 29). Abandonner (s'). || Son esprit s'ouvre à ces notions.Absolt. || Son esprit commence à s'ouvrir.S'ouvrir à qqn, lui ouvrir son cœur, lui découvrir sa pensée. Confier (se); communiquer (se), manifester (son opinion, son sentiment). || Je m'ouvris à lui, lâchai la bonde (cit. 1) à mes larmes. || S'ouvrir à qqn de (qqch.), lui faire des confidences, des aveux. || Je ne m'en étais encore ouvert à personne.Absolt. || Les cœurs s'ouvrent. Épancher (s'). → Festin, cit. 4; épanchement, cit. 5.
35 Car enfin, aux transports d'une bonne nouvelle
Jamais cœur ne s'ouvrit d'une façon plus belle (…)
Molière, le Dépit amoureux, II, 4.
36 (…) je brûlais de vous parler, pour m'ouvrir à vous d'un secret.
Molière, l'Avare, I, 2.
37 Le voilà maintenant enivré d'une passion naissante, son cœur s'ouvre aux premiers feux de l'amour (…)
Rousseau, Émile, V.
38 (…) trouvant en moi une patience égale à la leur et un silence aussi sérieux, ils se montrèrent toujours prêts à s'ouvrir à moi.
A. de Vigny, Servitude et grandeur militaires, I, III.
39 Ah ! je ne suis pas fort vraiment ! Je ne m'en suis ouvert à personne (…) J'emporterai ce secret avec moi dans la tombe.
J. Vallès, le Bachelier, XI, p. 95.
40 À qui tout de même s'ouvrir de tout cela ? Pierre, autant parler à une bûche.
Aragon, les Beaux Quartiers, I, XIX.
5 (Choses). Commencer (au sens intransitif), être mis en train (→ ci-dessus, I., 8.). || Le jour où les assises (cit. 8) doivent s'ouvrir (→ Main, cit. 97). || L'exposition (cit. 6) qui allait s'ouvrir. || Cours qui s'ouvre dans le calme (→ Inaugural, cit.). || Un pari s'ouvrit entre eux (→ Lutte, cit. 2).S'ouvrir par : commencer par… (→ Hostilité, cit. 2). || La partie théorique par quoi s'ouvre le livre (→ Dégrossir, cit. 5). || L'ouvrage s'ouvre par un frontispice (cit. 2).
41 Au moment où s'ouvre le présent récit (…)
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, III, IV.
——————
ouvert, erte [uvɛʀ, ɛʀt] p. p. adj.
ÉTYM. (1080, uvert).
———
I
1 Disposé de manière à laisser le passage. || Porte ouverte. || Fenêtres ouvertes (→ Bouquet, cit. 8; bruissement, cit. 5; diffuser, cit. 1). Fig. || Fenêtre (cit. 7) ouverte sur l'infini.Volets ouverts (→ Café, cit. 7). || La croisée restée ouverte (→ Glacer, cit. 11).Absolt. || Entrez, c'est ouvert, la porte peut s'ouvrir de l'extérieur, n'est pas fermée, verrouillée. — ☑ Loc. Grand ouvert. Grand (cit. 20 et supra cit. 18). || Large ouvert. Large (cit. 5 et supra).
2 Où l'on peut entrer (local); qui n'est pas fermé (récipient). || Magasin ouvert.Ellipt (sur un avis). || Ouvert de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h.Ouvert la nuit, ouvrage de P. Morand.Fam. (en parlant de la personne qui tient un local, un magasin) :
42 D'ordinaire je reste ouvert jusqu'à la Toussaint, dit-il en regagnant le comptoir. Mais si ça continue je ferme la boîte au premier octobre et je me retire sur mes terres.
Sartre, le Sursis, p. 215.
3 Blason. Se dit des édifices (tours, châteaux) dont les ouvertures sont d'un autre émail.
4 Disposé de manière à laisser communiquer avec l'extérieur. || Buffet resté ouvert (→ Fouiller, cit. 13). || Placard aux panneaux disjoints, qui reste ouvert. || Tiroir ouvert (→ Cambriolage, cit.). || À bureaux ouverts. || Parc ouvert la nuit (→ Flâner, cit. 1). || Champs ouverts, non clos (→ Grappillage, cit.). — ☑ Loc. À ciel ouvert. Hypèthre.
Boîte ouverte. Fig. || Son porte-monnaie est toujours ouvert : il est généreux. — ☑ Loc. fig. À tombeau ouvert.Robinet ouvert, qui laisse passer l'eau. || Le gaz est ouvert.Bouche ouverte, grande ouverte (→ Avidement, cit. 3; blanc, cit. 17).Yeux ouverts, grands ouverts (→ Apercevoir, cit. 1; attention, cit. 14; fatigue, cit. 10).
Phonét. Se dit d'une voyelle articulée avec une grande distance de la langue au palais (par oppos. à fermé). || [ɛ, a, ɔ] sont des voyelles ouvertes; e ouvert [ɛ] (par oppos. à e fermé [e]).Se dit d'une syllabe qui se termine par une voyelle prononcée (ex. : pot [po], bon [bɔ̃], les deux syllabes dans épais [epɛ], essai [esɛ]).
5 Dont les parties sont écartées, séparées. || Mains ouvertes (opposé à poing fermé). → Beau, cit. 89; détendre, cit. 9; fasciner, cit. 3. || Fleur ouverte.Loc. À bras (cit. 21 et 24) ouverts [abʀazuvɛʀ]. — Nez aux narines bien ouvertes. Dilaté (→ 1. Droit, cit. 5).
43 (…) l'ours debout et grondant, les pattes ouvertes pour une accolade qui n'avait rien de fraternel.
Th. Gautier, Voyage en Russie, XVIII.
Vx. Large, dégagé.
44 Elle avait le front ouvert, blanc et uni (…)
Antoine Hamilton, Mémoire de la vie du comte de Gramont, VII.
Cheval ouvert.
Col ouvert, chemise ouverte (→ Nombril, cit. 3; matelot, cit. 2; main, cit. 19). || Gilet (cit. 2) très ouvert. Échancré.
45 Ils sont debout, enlacés (…) Elle porte un peignoir ouvert, défait. Je vois un sein nu (…)
Claude Farrère, L'homme qui assassina, XXXV.
Livre, cahier (cit. 3) ouvert à telle page.Loc. À livre ouvert.Géom. || Angles plus ou moins ouverts, dont les côtés sont plus ou moins écartés. || Angle ouvert à plus de 90°. ObtusGéogr. || Golfes (cit. 1) plus ou moins largement ouverts. Évasé. || Baie assez ouverte pour que la mer ne gèle pas (→ Fjord, cit. 1).
6 Qui présente une interruption. || Courbe ouverte. || Chaîne ouverte des corps de la série acyclique (chimie).
7 Percé, troué, incisé (partie du corps). || Avoir le crâne ouvert.Chir. || Opération à cœur ouvert : intervention à l'intérieur du muscle cardiaque.
Béant, dont les lèvres ne sont pas rapprochées (ouverture, plaie). || Fracture ouverte. || Blessure, plaie ouverte (→ Estomac, cit. 11; jusque, cit. 27).
8 Ouvert (à…) : accessible (à qqn, qqch.); que l'on peut utiliser (moyen, voie). || Chemin (cit. 40), accès (cit. 3) ouvert. Accessible, libre (→ Ignorant, cit. 14). || Canal (cit. 5) ouvert à la navigation.Fig. || Bibliothèque ouverte aux savants (→ Hospitalité, cit. 4). || Association (cit. 10) ouverte à tous (→ Exotérisme, cit.).Tenir table ouverte (→ Magnificence, cit. 2).
Qui n'est pas protégé de… Découvert.Ouvert au vent, aux quatre vents (→ Boutique, cit. 2). || Rade ouverte, « qui n'est pas protégée des vents et de la mer venant du large » (Gruss). || Port ouvert. || Ville ouverte, qui n'est pas défendue militairement. || Rome, ville ouverte, film de Rossellini.N. m. (surtout dans : à l'ouvert de…). Entrée, ouverture. || Être à l'ouvert d'un port, droit devant l'entrée.
46 Pays ouvert où ma recherche se promène (…)
Gide, les Nourritures terrestres, p. 35.
9 Commencé. || La chasse, la pêche est ouverte, permise. || Les paris sont ouverts, autorisés, possibles. || La séance est ouverte.
10 Math. Qui ne contient pas les éléments constituant la limite ou la frontière. || Intervalle ouvert.
———
II (Abstrait).
1 (Personnes). Communicatif, franc. Communicatif, confiant, cordial, démonstratif, expansif, franc, sincère. || Être amical (cit. 3) et ouvert avec qqn. || Lui, si franc et si ouvert (→ Louvoiement, cit.). || Nature (cit. 24) ouverte et franche. || Caractère ouvert.Par ext. Qui exprime la franchise. || Air ouvert. || Visage ouvert (→ Franchise, cit. 15). || Démarche, physionomie ouverte (→ Démonstratif, cit. 4; exprimer, cit. 17; faveur, cit. 27). || Façons (cit. 44) réservées et peu ouvertes.
47 Tandis que, tranquille dans mon innocence, je n'imaginais qu'estime et bienveillance pour moi parmi les hommes; tandis que mon cœur ouvert et confiant s'épanchait avec des amis et des frères (…)
Rousseau, Rêveries…, IIIe promenade.
48 (…) sa mine fleurie, son air ouvert et pourtant buté (…)
Sartre, l'Âge de raison, p. 109.
49 Sa bonne foi (de Mercure) éclate en son visage ouvert et rieur, dans ses mains étalées en signe d'évidence.
Émile Henriot, Mythologie légère, p. 63.
Loc. À cœur (cit. 86, 132 et 137) ouvert : en toute franchise.
2 (Choses). Qui se manifeste, se déclare publiquement. Déclaré, manifeste, patent, public. || Faire une guerre ouverte à qqn. || Déchaîner une campagne (cit. 10) ouverte, officielle. || Éviter les conflits (cit. 3) ouverts.
50 Il porte sur le front une allégresse ouverte (…)
Corneille, Horace, IV, 4.
51 Rien encore ne l'avait fâché avec eux d'une façon ouverte et définitive. Il leur criait toujours un bonjour en passant.
Zola, la Terre, III, VI.
3 Qui s'ouvre facilement aux idées (particult aux idées nouvelles), qui comprend ou admet sans peine, sans préjugé. || Un esprit ouvert (→ Gaine, cit. 9). Éveillé; dispos, intelligent, pénétrant, vif.Religions ouvertes et religions fermées, accessibles (ou non) à des hommes et des concepts nouveaux, et, de ce fait, susceptibles (ou non) d'évoluer (→ Judaïsme, cit. 1). || Morale ouverte et morale fermée (Bergson).
52 C'est ainsi que Lamartine, formé tout entier par l'éducation cléricale, a bien plus d'intelligence qu'aucun universitaire; quand l'émancipation philosophique vient ensuite, cela produit des esprits très ouverts.
Renan, Souvenirs d'enfance…, Œ. compl., t. II, III, III.
53 L'idée d'art, devenue une idée ouverte, a cessé d'être préconcevable.
Malraux, les Voix du silence, p. 607.
CONTR. Fermer; boucher, clore; cacheter, ciller (les yeux), occlure, plier, resserrer, serrer; brider, cicatriser; barrer, intercepter, interdire; finir, terminer. — (Adj.) Étroit, serré; abrité, couvert, fermé, protégé. Cafard, dissimulé, hermétique, faux, froid, hypocrite, menteur, renfermé; furtif, intime, secret; borné, bouché, buté, étroit, exclusif.
DÉR. Ouvrant, ouvreau, 2. ouvreur, ouvreuse. — (De ouvert, erte). Ouvertement, ouverture.
COMP. Ouvre-boîte, ouvre-bouteille, ouvre-gant, ouvre-huître. — Entrouvrir. — Rouvrir.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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